International

Stevo Pendarovski, académique devenu président de la Macédoine du Nord, détonne dans le monde politique de ce pays enclavé dans les Balkans. Affichant une épargne d’à peine 12 000 euros, propriétaire depuis vingt ans d’une Yugo – cette une voiture vintage emblème de l’ex-Yougoslavie –, il a été surtout le premier candidat, dans l’histoire de la Macédoine du Nord, à être soutenu par 31 partis représentant toutes les communautés ethniques du pays, dont les minorités albanaise, turque, rom, serbe, valaque et bosniaque. Sa popularité, il la doit à son attitude du temps où il était porte-parole du ministre de l’Intérieur Trajanov, au plus fort du conflit de 2001, qui a opposé les forces armées macédoniennes aux rebelles albanais réclamant davantage de droits. “Je suis resté objectif. Beaucoup d’Albanais ont apprécié le fait que je n’avais pas de parti pris, que je ne rapportais pas des faits “ethniques”, mais la vérité”, nous a-t-il expliqué, alors qu’il était de passage à Bruxelles jeudi pour plaider l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord.

Lunettes carrées sur le nez, 56 ans et la dégaine décontractée, ce pro-européen avait déjà failli gagner les élections en 2014. Candidat indépendant, mais soutenu par le parti SDSM du Premier ministre Zoran Zaev, il a remporté 51,75 % des voix en mai 2019. M. Pendarovski se veut ainsi le symbole d’un pays prêt à tourner la page des tensions ethniques pour entamer son chapitre euro-atlantique. “Ma victoire est un reflet de la réalité multiethnique de la Macédoine du Nord et une victoire de tous les europhiles. Ce sont les piliers essentiels sur lesquels notre stabilité et notre prospérité doivent reposer : la cohésion interne entre les ethnies et l’intégration européenne”.

Votre victoire a été considérée comme une confirmation de la décision du gouvernement Zaev de signer un accord avec la Grèce pour régler le “conflit du nom”, qui a rebaptisé l’Ancienne République yougoslave de Macédoine en Macédoine du Nord. Mais vous avez battu votre adversaire de la droite nationaliste, Gordana Siljanovska-Davkova, de quelques points de pourcents seulement. La société reste-t-elle divisée sur ce sujet ?
(...)