Les familles de trois lycéennes britanniques, qui ont probablement rejoint les rangs de l'Etat islamique, ont lancé ce week-end des appels émouvants dans les médias, afin de les pousser à revenir à leur maison.

Kadiza Sultana, 17 ans, Shamima Begum et Amira Abase, 15 ans, ont quitté leur domicile britannique mardi, direction la Syrie, via la Turquie. Comme de nombreux jeunes avant elles –les experts estiment qu'une cinquantaine de jeunes femmes britanniques sont parties vers la Syrie- elles ont décidé de rejoindre le groupe de l'Etat islamique. Selon la police britannique, ces lycéennes, toutes trois de "très bonne famille" et considérées comme de "bonnes élèves" auraient suivi l'exemple d'une de leurs amies partie en décembre rejoindre l'EI. L'une d'entre elles aurait également été en contact sur Twitter avec Aqsa Mahmood, qui a quitté Glasgow en novembre 2013 pour la Syrie et est depuis soupçonnée d'essayer de faire des émules.

La famille d’Amira Abase est sortie de l'anonymat samedi, en espérant pouvoir convaincre leur fille de revenir à la maison. "Tu es forte, intelligente, belle, et nous espérons que tu prendras la bonne décision. S’il te plaît rentre à la maison", demande la famille dans son appel. Elle explique vivire un cauchemar depuis le départ de leur fillle. "Nous comprenons que tu veuilles aider ceux dont tu crois qu’ils souffrent en Syrie", a de son côté déclaré la famille de Shamima Begum, "tu peux les aider depuis chez toi, tu n’as pas besoin de te mettre toi-même en danger. Ne traverse pas la frontière".

Radicalisation 2.0

Le Premier ministre britannique David Cameron a appelé les écoles du pays à être vigilantes dans leur lutte contre l'extrémisme islamique, jugeant la disparition des trois filles "très préoccupante". "C'est extrêmement inquiétant et nos autorités feront tout leur possible pour aider ces jeunes filles", a réagi le Premier ministre britannique, David Cameron.

Pour Sayeeda Warsi, ex-secrétaire d'État au ministère britannique des Affaires étrangères, "il devient de plus en plus évident que les gens ne sont pas radicalisés dans les lieux de culte mais dans leurs chambres en surfant sur internet". "L'une des choses pour lesquelles l'EI est incroyablement doué est l'utilisation d'internet et des réseaux sociaux pour diffuser sa propagande", a ajouté sur la chaîne Sky News, cette musulmane qui avait claqué la porte du gouvernement l'été dernier pour protester contre la politique du gouvernement sur Gaza.

Un départ peu surprenant

Il est effectivement très facile de trouver ce genre de propagande en ligne, et il faut la contrer bien plus efficacement, estime Ross Frenett, expert sur les questions d'extrémisme à l'Institute for Strategic Dialogue. "Nous devrions faire en sorte que certaines écoles mettent plus l'accent sur le développement de l'esprit critique", a-t-il ajouté dans un entretien avec l'AFP. Cet expert, co-auteur d'un rapport sur les femmes parties rejoindre l'EI, n'est pas surpris par le départ de ces trois jeunes filles jugées bien intégrées.

Les gens touchés par l'extrémisme sont "en quête d'un sentiment d'appartenance et d'une identité", ce qui arrive souvent à "des personnes aisées et très bien adaptées à la société", affirme-t-il.

Dans ce contexte, les familles jouent un rôle "clef" pour dissuader les jeunes filles de partir, selon lui. Et "l'État doit faire bien plus pour renforcer la capacité des familles à reconnaître les signes" d'une radicalisation. "Nous avons tous un rôle à jouer pour empêcher que des gens aient leur esprit empoisonné par cet épouvantable culte de la mort", a quant à lui reconnu David Cameron, appelant "chaque école", "chaque université" et "chaque communauté" à prendre ses responsabilités.

En vertu d'une nouvelle loi, les passeports des Britanniques suspectés de vouloir partir dans les territoires contrôlés par l'EI peuvent désormais être saisis -mais ces trois adolescentes, scolarisées à la Bethnal Green Academy, dans l'est de Londres, n'avaient pas été jugées à risque.

Le gouvernement britannique compte par ailleurs adopter d'autres mesures pour accroître les contrôles aux frontières.

La compagnie aérienne Turkish Airlines s'est quant à elle dédouanée de toute responsabilité, affirmant, dans un communiqué, que son rôle consistait à vérifier les visas des passagers et que les questions de sécurité avant le vol relevaient des autorités officielles de l'aéroport.

La plupart des grandes compagnies aériennes autorisent les enfants non accompagnés à partir de l'âge de 12 ans.

Selon les experts, quelque 550 femmes originaires des pays occidentaux seraient parties rejoindre l'EI, dont une cinquantaine de Britanniques.