Rarement l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) aura mené une opération de désarmement aussi exposée et périlleuse. Rarement aussi elle aura dû mobiliser ses inspecteurs dans des délais aussi courts. A ce double titre, la mission de démilitarisation qu’elle conduit actuellement en Syrie, est hors du commun. Celle-ci doit aboutir à la destruction des arsenaux chimiques syriens, estimés à plus d’un millier de tonnes de produits divers (gaz sarin, moutarde, VX), en ce comprises toutes les installations destinées à produire ce type d’armes.

C’est aussi la première fois que l’OIAC opère dans un pays en guerre. En territoire syrien, son travail est donc doublement à haut risque. Les inspecteurs portent, outre leur combinaison spéciale, des gilets pare-balles et des casques. Cette semaine, le directeur général de l’OIAC, Ahmet Uzumcu, a plaidé en faveur de l’organisation de cessez-le-feu temporaires pour que les équipes de l’OIAC et de l’Onu puissent rejoindre les sites de fabrication et de stockage d’armes chimiques ou des munitions censées les embarquer. Ils auront à traverser de nombreuses lignes de front et des territoires contrôlés par des groupes hostiles.

Le Conseil exécutif de l’organisation a envoyé une seconde équipe en renfort du premier groupe de 19 inspecteurs de l’OIAC et de 14 membres du personnel onusien, présent sur le terrain depuis le 1er octobre. Une soixantaine de personnes sont désormais déployées, sur la centaine attendue à terme. L’objectif est d’accélérer la vérification et la supervision de la destruction des installations et des arsenaux chimiques.

L’équipe internationale supervise, dans un premier temps, la destruction d’ogives de missiles et de bombes. Puis, elle veillera à ce que le démantèlement des armes chimiques elles-mêmes soit opéré à partir du 1er novembre prochain et ce, jusqu’au terme de la mission.

L’une des principales contraintes de cette dernière réside dans son timing. La résolution 2118 des Nations unies, adoptée sur la base d’un accord conclu le mois dernier entre la Russie et les Etats-Unis, prévoit le démantèlement des arsenaux chimiques syriens pour le 30 juin 2014. Or, des voix, y compris au sein des inspecteurs de l’OIAC déployés en Syrie, prétendent qu’il est pratiquement impossible de détruire l’entièreté des arsenaux chimiques syriens dans les délais impartis.

"Je pense que si des cessez-le-feu temporaires pouvaient être instaurés, ces objectifs pourraient être atteints", a pour sa part déclaré le patron de l’OIAC. Quant au président russe Vladimir Poutine, il s’en remet à l’avis officiel de l’OIAC : "S’ils disent qu’il est possible de faire cela en un an, alors c’est que c’est le cas."