Le calme régnait dans les régions de Syrie tenues par les rebelles et le régime après l'entrée en vigueur dans la nuit de vendredi à samedi d'un cessez-le-feu initié par Washington et Moscou et soutenu par l'ONU. L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a annoncé que la task force internationale sur le cessez-le-feu se réunirait samedi à Genève pour évaluer le respect de la trêve au cours de cette première journée qu'il a qualifiée de "critique". Si le cessez-le-feu tient, il convoquera une nouvelle session de pourparlers de paix inter-syriens le 7 mars à Genève.

Immédiatement après son exposé au Conseil de sécurité, par vidéoconférence depuis Genève, les 15 pays du Conseil ont adopté une résolution, proposée par Washington et Moscou, entérinant l'accord de cessation des hostilités en Syrie.

La résolution réclame une nouvelle fois un accès humanitaire "libre, sûr et rapide" en Syrie, en particulier pour les quelque 4,6 millions de Syriens bloqués dans des zones assiégées ou difficiles à atteindre.

A minuit heure locale (23h00 en Belgique), les armes se sont tues dans la banlieue de Damas, dans la ville d'Alep (nord) et dans sa banlieue ouest, contrôlée par les rebelles, où les gens veillaient dans les rues en profitant de ce moment exceptionnel de quiétude, selon les correspondants de l'AFP.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une organisation non gouvernementale, l'aviation de la Russie, alliée du président syrien Bachar al-Assad, n'a effectué aucune sortie depuis minuit au nord de Lattaquié, et le calme régnait dans les provinces centrales de Homs et de Hama.

La trêve, soutenue par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, est la première de cette ampleur dans un conflit qui a fait plus de 270.000 morts depuis 2011, déplacé plus de la moitié de la population et qui voit s'affronter une multitude d'acteurs, syriens et internationaux.

Bachar al-Assad, une centaine de factions rebelles et les forces kurdes se sont engagés à respecter l'accord de cessez-le-feu conclu sous l'égide de la Russie et des Etats-Unis.

En revanche, les organisations djihadistes telles que le groupe Etat islamique (EI) et le Front Al-Nosra sont exclues de l'accord. Le régime syrien et son allié russe, ainsi que la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, pourront ainsi continuer dans les prochains jours à frapper l'EI et Al-Nosra, qui contrôlent plus de la moitié du territoire syrien.

Le chef du Front Al-Nosra, qui est allié à de nombreuses factions rebelles, a d'ailleurs appelé tous les insurgés à poursuivre les combats pour "extirper les racines du régime".

A Moscou, le président Vladimir Poutine a souligné que la Russie continuerait, après l'entrée en vigueur de la trêve, sa "lutte implacable" contre l'EI, le Front al-Nosra et les "autres organisations terroristes", sans préciser lesquelles.

Dans la nuit, l'émissaire de l'ONU a annoncé son intention de convoquer de nouvelles discussions inter-syriennes de paix le lundi 7 mars à Genève "à condition que la cessation des hostilités tienne globalement, si Dieu le veut, et que l'accès humanitaire soit maintenu".

S'adressant à la presse à Genève, M. de Mistura a déclaré que la situation sur le terrain s'était "calmée" depuis minuit, mentionnant seulement "un incident" qui était l'objet d'investigations.

La task force sur le cessez-le-feu, qui s'est réunie pour la première fois vendredi à Genève tiendra samedi sa deuxième réunion pour évaluer la situation sur le terrain, a annoncé l'émissaire de l'ONU.

La task force a été créée par le Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG), qui groupe 17 pays, l'ONU, l'UE et la Ligue arabe et est coprésidé par les Etats-Unis et la Russie.

"La journée de samedi sera critique", a souligné M. de Mistura. "Il y aura sans doute beaucoup d'efforts cherchant à nuire à ce processus".

Des centres de contrôle chargés de "rassembler des informations sur d'éventuelles infractions" ont été créés notamment à Washington et à Moscou, a indiqué l'émissaire.

Plusieurs membres du Conseil de sécurité redoutent que cette trêve ne fasse vite long feu. L'ambassadrice américaine Samantha Power a jugé que "ce scepticisme est plus que raisonnable".

Elle s'est dite "profondément inquiète de la poursuite des bombardements aériens russes et syriens" juste avant la trêve. "Il est difficile de se dire sincère à propos d'une cessation des hostilités quand on intensifie les combats jusqu'à la dernière minute".

Dans les heures qui ont précédé le cessez-le-feu, les forces gouvernementales et la Russie ont mené de violents bombardements contre les zones rebelles, effectuant 180 raids aériens sur la région de Damas et contre les provinces septentrionale d'Alep et centrales de Homs et de Hama, selon l'OSDH.

Un déluge de feu s'est notamment abattu sur la Ghouta orientale, près de Damas et sa principale ville, Douma, selon l'OSDH. D'intenses raids ont également frappé Jobar, quartier périphérique de Damas où Al-Nosra est influent.

L'ambassadeur français François Delattre a lui aussi dénoncé "l'intensification, de mauvaise augure, des bombardements des forces armées de Syrie et de Russie".

Pour le vice-ministre russe des affaires étrangères Guennadi Gatilov, qui représentait son pays au Conseil, l'accord américano-russe peut "marquer un tournant dans le conflit syrien". "Nous avons maintenant une vraie chance de mettre fin à la violence et d'intensifier notre combat collectif contre le terrorisme".

Pour le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, mettre en application la trêve sera "très complexe, car les territoires sont très mixtes" dans de nombreuses régions, où Al-Nosra et les rebelles se trouvent ensemble face au régime.