L'association humanitaire Médecins sans frontières (MSF) est connue pour apporter une assistance médicale aux victimes de conflits armés. C'est donc tout naturellement qu'elle s'est implantée en Syrie. Dernièrement, Meinie Nicolai, présidente de la section belge de MSF, s'est rendue dans un hôpital au nord de la Syrie, non loin de la frontière avec la Turquie. Avec plus de 4.000 consultations et 50 opérations par mois, cet hôpital – parmi les six dont s'occupe MSF - accorde une importance particulière aux maladies et problèmes de santé courants. En temps de guerre, ces pathologies, généralement oubliées, peuvent être la cause de nombreux problèmes de santé beaucoup plus graves. LaLibre.be a contacté Meinie Nicolai.


A quoi ressemble l'hôpital aménagé par MSF dans le nord de la Syrie?

L'hôpital est situé dans une ancienne ferme de volailles, restaurée avec l'accord du propriétaire. Les murs ont été repeints et l'endroit a été nettoyé de fond en combles. A l'intérieur, nous disposons d'une salle d'urgence, d'une maternité et d'une salle d'opération. Celle-ci se trouve dans une tente gonflable qui a bien sûr été stérilisée. Une ancienne école nous sert également de salle de consultation. Nous faisons avec les moyens du bord, souvent en urgence, étant donné que les lignes de combat évoluent constamment.

Quels services fournit MSF?

Nous nous occupons des blessés de guerre mais également de la population locale, durement touchée par les conflits. Nos cliniques mobiles – voitures composées de plusieurs médecins qui consultent à domicile - se déplacent également dans les villages aux alentours. Nous recevons les Syriens en consultation pour toutes sortes de problèmes courants, pas forcément liés à la guerre. Ainsi, nous soignons les crises d'asthme, le diabète, l'hypertension. Autant de troubles qui, souvent, ne sont pas jugés importants en période de guerre. A tort!


La salle d'opération située sous une tente gonflable.


Avant la guerre, les Syriens avaient accès à des soins de santé de bonne qualité. Des problèmes de santé anodins peuvent maintenant s'avérer fatals...

C'est exact. La guerre a privé les Syriens d'un accès facile aux médicaments. Il existe encore quelques petits hôpitaux mais la plupart ont été bombardés. Maintenant, pour eux, même un accident domestique comme une brûlure devient préoccupant. Une infection bénigne peut très vite s'aggraver à cause d'une absence de soins et devenir mortelle pour le blessé.

Et des maladies éradiquées, comme la rougeole, refont même leur apparition.

La rougeole était devenue rare en Syrie, tout comme en Europe. Malheureusement, à cause de la guerre et du manque de vaccination, elle est en train de réapparaître. Nous menons donc des campagnes de prévention dans tout le pays. Certaines familles viennent de très loin, à bord de camions, pour faire vacciner leur enfant. En temps de guerre, on s'imagine souvent que le plus urgent est de s'occuper des blessés, mais il y a d'autres problèmes sanitaires qu'il faut prendre en compte. D'autant que le manque d'hygiène et le manque de nourriture risquent encore de s'amplifier dans les mois à venir.



Cette guerre qui dure depuis maintenant deux ans doit forcément jouer sur le moral des Syriens, assurez-vous un suivi psychologique?

Nous prenons en effet en charge des Syriens traumatisés par la guerre. Des psychologues sont là pour les écouter et, si les dépressions sont trop fortes, pour leur donner des médicaments adaptés.

Heureusement, des événements plus joyeux rythment la vie des Syriens. La maternité de l'hôpital s'occupe ainsi de plusieurs accouchements par semaine et prend en charge les nouveaux-nés...

Oui, notre maternité accueille les femmes enceintes et leur propose des échographies. Lorsque le moment est venu, nous pratiquons bien évidemment les accouchements. Certains se passent moins bien que d'autres mais nous avons une salle d'opération à proximité qui s'occupe des éventuelles complications. Voir le bonheur sur le visage d'une maman qui tient son enfant dans ses bras est vraiment une très belle expérience dans un pays en guerre.

Et quelle importance est accordée à la culture du pays?

Nous tenons à respecter leurs croyances. Ainsi, nous portons tous des manches longues. Dans la maternité, nous faisons notre possible pour que ce soit une femme médecin qui s'occupe des patientes. Lorsqu'un pédiatre masculin a besoin de voir la mère, nous lui demandons toujours son autorisation au préalable. Toutefois, la distinction homme-femme est beaucoup moins présente en Syrie qu'en Afghanistan. Cela ne pose pas de problèmes aux Syriennes de se faire examiner par un homme si c'est pour être soignées.



Les Syriens jouent-ils un rôle dans cet hôpital?

Beaucoup de Syriens se portent en effet volontaire pour nous aider. Nous leur proposons donc une formation médicale de base pour qu'ils puissent s'occuper correctement des blessés. Auparavant, les sages-femmes de MSF étaient de garde 24h sur 24. Grâce à l'arrivée de la population locale, leur charge de travail est moins grande. Elles sont donc plus efficaces.

Ils tiennent à vous apporter leur aide de différentes manières?

Oui, certains font la file pour donner leur sang. Leur attitude est vraiment très positive.

La population locale vous accueille donc vraiment à bras ouverts?

En toute honnêteté, oui. Nous leur apportons un peu d'espoir dans cette guerre au futur incertain. Personne ne sait quand elle va se terminer alors, en attendant, nous tentons de nous occuper de notre mieux de la population locale pour lui rendre sa joie de vivre.

Les groupes armés réagissent-ils de la même manière?

Nous leur expliquons notre action, que nous sommes neutres dans cette guerre. Nous soignons tous les blessés, peu importe leur camp. Ils nous laissent donc faire. Lorsque nous sommes en voiture, dans les cliniques mobiles, ils nous font passer les points de contrôle sans protester. Même si c'est parfois dur pour les soldats, ils se plient aux règles de l'hôpital et laissent leurs armes à l'entrée. Ils sont conscients que nous sommes là pour aider la population, pas pour participer à la guerre.

Crédits photo : Robin Meldrum/MSF