Ferme depuis des mois sur le dossier syrien, mais tenue à l'écart des négociations de Genève sur le chimique, la France va tenter ces jours-ci le rebond diplomatique pour une résolution forte à l'ONU, une entreprise loin d'être gagnée d'avance.

Posture illustrée par l'activisme du chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui, entre un aller-retour dimanche à Pékin, une rencontre avec ses homologues américain et britannique lundi à Paris, et un voyage éclair mardi à Moscou, entend ne pas laisser cantonner la France au rang de spectateur dans le grand jeu diplomatique autour de la Syrie.

La France a certes salué samedi "une avancée importante" en évoquant l'accord conclu à Genève entre Russes et Américains, qui prévoit le démantèlement de l'arsenal chimique syrien d'ici mi-2014. Mais dans sa déclaration, Laurent Fabius a précisé que Paris "tiendrait compte du rapport des inspecteurs de l'ONU publié lundi sur le massacre de Damas (du 21 août) pour arrêter sa position".

"Ce que nous disons, c'est que l'accord de Genève n'est pas pour solde de tout compte. Ce n'est pas un brevet de moralité pour Bachar al-Assad, à qui nous ne faisons pas confiance. Il y a tout le reste", décrypte un diplomate, rappelant la barre haute fixée par Paris: pas d'impunité pour le régime de Damas et recherche d'une solution politique à un conflit qui a fait plus de 110.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés depuis 2011.

La France, qui depuis le début fait figure de "faucon", ne veut surtout pas se laisser écarter d'un compromis qui ferait fi de ces principes.

Réclamant depuis le début le départ du président syrien Bachar al-Assad, première à reconnaître la coalition de l'opposition syrienne, et déterminée à intervenir militairement avec les Etats-Unis pour "punir" Damas, la France a eu une position assez "cohérente", estime Camille Grand, de la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS).

"Mais il y a aussi des réalités. Elle ne peut pas agir seule et a dû ajuster ses positions en fonction des revirements de ses deux alliés naturels américain et britannique". Au risque d'apparaître isolée et de voir son message de fermeté passer à la trappe.

Ne pas en rester là

Lorsque le président américain Barack Obama a annoncé le 31 août son intention d'obtenir l'aval du Congrès pour des frappes militaires qui semblaient alors imminentes, des diplomates français se disaient "atterrés", voire "humiliés" par le revirement américain.

La proposition russe de placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international, qui a encore éloigné l'option militaire, a fait réagir Paris au quart de tour. En annonçant immédiatement un projet de résolution sous chapitre 7, pévoyant un éventuel recours à la force en cas de manquement de Damas, quitte à bousculer - à son tour - son allié américain.

Cette initiative lui a valu une rebuffade publique de Moscou, qui a qualifié son texte d'"inacceptable".

L'accord de Genève, qui fixe un calendrier précis au démantèlement de l'arsenal chimique syrien, et laisse ouvert, même de façon ambiguë, un recours au chapitre 7, permet de dire à la France que "la fermeté a payé".

"On ne serait pas là aujourd'hui si on n'avait pas placé la barre aussi haut, si on n'avait pas fixé ce niveau d'exigence", estime un diplomate français, qui souligne cependant que Paris n'entend pas s'arrêter là.

Le rapport des experts de l'ONU sur l'attaque du 21 août à Damas est en ce sens très attendu. "Il sera beaucoup plus facile pour nous d'obtenir le soutien d'un maximum d'Etats au Conseil de sécurité à une résolution ferme si le rapport est sévère", ajoute cette source.

Les experts de l'ONU n'ont pas pour mandat de déterminer qui a commis l'attaque chimique du 21 août, mais les éléments qu'ils contient, notamment sur les vecteurs utilisés pour cette attaque, "peuvent pointer en direction du régime", estime-t-on à Paris.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a prédit vendredi que leur rapport allait "conclure de manière accablante" à l'utilisation d'armes chimiques. Et, sans en attribuer directement la responsabilité au président syrien, il a accusé Bachar al-Assad d'avoir "commis de nombreux crimes contre l'humanité".