L'enseignant belge de 40 ans Pierre Piccinin sera prochainement entendu par le parquet fédéral dans le cadre du dossier ouvert à la suite de son enlèvement en Syrie, a confirmé le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, à l'agence Belga. Un agent des Affaires étrangères a été en contact permanent avec la famille de M. Piccinin, précise M. Reynders. "Nous avons organisé des réunions avec les différents services concernés (Défense, Sureté de l'Etat, ...) et mis nos moyens logistiques à disposition. Nous avons également mis la famille du détenu en relation avec les autorités italiennes, tout en précisant à ces dernières que conformément à nos principes, nous ne participerions pas à des négociations en vue du paiement d'une rançon."

Le chef de la diplomatie belge tient à ce que l'ancien otage puisse désormais se reposer, avant d'être entendu par le parquet fédéral. Celui-ci avait repris l'enquête ouverte par le parquet de Dinant à la suite de la plainte déposée par les parents de M. Piccinin.

L'ancien otage a indiqué à plusieurs médias, dans la foulée de son retour en Belgique, qu'il avait des révélations à faire sur l'usage d'armes chimiques en Syrie. "C'est un devoir moral de le dire. Ce n'est pas le gouvernement de Bachar al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise", a ainsi déclaré l'enseignant.

"Il faut prendre ces déclarations avec beaucoup de précaution pour l'instant, que des professionnels puissent analyser en détail les informations, puis attendre une éventuelle initiative du parquet fédéral", réagit M. Reynders, qui rappelle que les voyages en Syrie sont fortement déconseillés.

Le journaliste de La Stampa ne détient aucune preuve sur l'attaque chimique en Syrie

Le journaliste italien de La Stampa Domenico Quirico a indiqué lundi au site internet de son journal qu'il n'avait aucune preuve de la provenance de l'attaque chimique en Syrie, alors que son compagnon d'infortune Pierre Piccinin affirme avec certitude que le gouvernement de Bachar al-Assad n'a pas utilisé de gaz sarin. "Je ne suis pas habitué à donner valeur de vérité aux discours écoutés à travers une porte", clarifie le journaliste. 

Interrogé par le site internet de La Stampa, le journaliste italien précise cependant qu'il ne dispose d'aucune preuve qui confirme cette thèse. "Un jour, depuis la pièce dans laquelle nous étions retenus prisonniers, à travers une porte entrouverte, nous avons entendu une conversation en anglais via Skype entre trois hommes", raconte-t-il. "Lors de cette conversation, les hommes disaient que l'opération au gaz dans les deux quartiers de Damas avait été commise par les rebelles comme provocation, pour pousser l'Occident à agir."

Domenico Quirico souligne cependant avec insistance qu'il n'a "aucune idée ni de la fiabilité ni de l'identité des personnes. Je ne suis absolument pas en mesure d'affirmer que cette conversation est basée sur des faits réels ou sur une rumeur. C'est une folie de dire que je sais que ce n'est pas Assad (Bachar al-Assad, le président syrien, ndlr) qui a utilisé le gaz."

Un retour à l'athénée de Philippeville pas encore à l'ordre du jour

Le préfet de l'athénée Royal Jean Rostand de Philippeville a indiqué lundi que le retour du professeur d'histoire Pierre Piccinin, libéré dimanche après cinq mois de captivité en Syrie, n'était pas encore à l'ordre du jour. Pierre Piccinin a été arrêté le 8 avril par l'Armée syrienne libre à Qussayr et n'est donc pas revenu à l'athénée après les vacances de Pâques. "Son remplacement a été organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. La ministre de l'Enseignement obligatoire l'avait rapidement autorisé", a expliqué le préfet Marc Beaumont.

Depuis l'annonce de la libération, le site internet de l'école a été mis à jour. "Notre collègue Pierre Piccinin est rentré en Belgique. Après 145 jours d'absence, c'est un soulagement de le savoir de retour parmi nous."

Le préfet de l'athénée Jean Rostand a par ailleurs indiqué qu'il n'avait pas encore eu le moindre contact avec l'ancien détenu depuis son retour en Belgique. Un retour à l'école n'a donc pas encore été envisagé. "Il est pour l'instant assailli par la presse et il détiendrait des informations importantes. Il devrait sans doute être questionné par différents services. J'imagine qu'il voudra ensuite prendre un peu de repos. Je le contacterai quand cette effervescence autour de sa libération sera un peu retombée. En attendant, son remplacement continue."

Il s'agissait effectivement d'une absence pour "raisons exceptionnelles", puisqu'il est assez vite apparu que l'enseignant était retenu contre son gré, explique-t-on au cabinet de la ministre Marie-Martine Schyns. M. Piccinin pourra donc retrouver sa place "au moment opportun".