Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a salué mardi l'initiative annoncée par la Russie de mettre sous contrôle international les armes chimiques syriennes mais a réclamé que cette proposition soit suivie de mesures "juridiques" et "opérationnelles" visant à neutraliser l'arsenal chimique du régime du président Bachar al-Assad.

"Je me réjouis de cette proposition", a-t-il affirmé à l'agence Belga, rappelant que cette idée avait déjà été évoquée le week-end dernier lors d'une réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères à Vilnius, à laquelle s'était joint leur homologue américain John Kerry. 

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a appelé lundi la Syrie à placer sous contrôle international son arsenal chimique pour ensuite le détruire, alors que M. Kerry avait affirmé à Londres que cela pourrait empêcher des frappes sur le régime syrien. Mais M. Reynders a insisté pour que cette proposition soit suivie d'effets, notamment au Conseil de sécurité de l'ONU, qui doit toujours examiner le rapport des enquêteurs de l'ONU sur l'attaque chimique menée le 21 août dans la banlieue de Damas. 

Il a réclamé que cette proposition soit suivie de mesures "juridiques" et "opérationnelles" visant à neutraliser l'arsenal chimique du régime du président Assad. Une résolution du Conseil de sécurité pourrait en effet, selon M. Reynders, "contourner" le fait que la Syrie n'a pas signé - comme six autres pays - la Convention d'interdiction des armes chimiques (CIAC) et "imposer l'interdiction, voire la destruction" de l'arsenal chimique syrien. "Je ne suis pas naïf, j'attends la suite" de la part de la Russie, a ajouté le ministre, alors que s'ouvrira dans deux semaines la 68ème session de l'Assemblée générale de l'ONU à New York. 


Syrie: la Russie fait hésiter les USA

Le président américain Barack Obama a affirmé lundi que la proposition russe de placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international constituait un développement "potentiellement positif" dans le conflit et a promis de la prendre "au sérieux".

M. Obama, dans un entretien à CNN, a toutefois mis en garde contre toute tentative de diversion du régime de Bachar al-Assad et a estimé que ce changement d'attitude était le résultat des menaces américaines de frappes pour punir Damas d'avoir eu recours à son arsenal chimique.

"Il s'agit d'un développement potentiellement positif. Je dois dire qu'il aurait été improbable de parvenir à ce point (...) sans une menace militaire digne de foi pour traiter la question du recours à des armes chimiques en Syrie", a ajouté le président dans cet entretien, l'un des six accordés lundi à des télévisions américaines pour défendre sa politique dans ce dossier.

"Nous allons le prendre au sérieux", a promis le président qui, le 31 août, avait annoncé avoir pris la décision d'une opération militaire contre le régime de Bachar al-Assad mais réclamé le feu vert du Congrès, un vote qui s'annonce difficile vu l'hostilité de nombreux élus des deux bords.

Dans un autre entretien à la télévision NBC lundi, le président a d'ailleurs dit ne pas être certain d'obtenir le soutien des élus à un recours à la force.

La Russie, principale alliée du régime Assad, a proposé lundi à Damas de placer son arsenal chimique sous contrôle international et de le détruire.

La Syrie a immédiatement "accueilli favorablement" cette proposition.

Dans l'immédiat, la proposition russe a débouché sur le report d'un vote prévu mercredi au Sénat américain.


L'Iran salue l'initiative de la Russie 

L'Iran "accueille favorablement" l'initiative de la Russie, a déclaré mardi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Marzieh Afgham, lors de son point de presse hebdomadaire.

"La République islamique d'Iran accueille favorablement l'initiative (de la Russie) qui vise à empêcher toute action militaire" contre la Syrie, a déclaré Mme Afgham. "Nous voulons que notre région soit débarrassée de toutes les armes de destruction massive (...) Ces efforts doivent aussi viser les armes chimiques dont disposent les groupes rebelles syriens", a-t-elle ajouté.

L'opposition syrienne dénonce une "manoeuvre politique"

L'opposition syrienne a dénoncé comme une "manoeuvre politique" l'initiative de la Russie visant à placer sous contrôle international l'arsenal chimique syrien pour éviter des frappes occidentales, et a de nouveau exigé une "riposte" contre le régime de Bachar al-Assad.

"Le dernier appel du (chef de la diplomatie russe Sergueï) Lavrov est une manoeuvre politique qui s'inscrit dans le cadre des atermoiements inutiles et qui n'apportera que davantage de morts et de destructions pour le peuple syrien", selon un communiqué publié dans la nuit de lundi à mardi.