La question du dossier nucléaire iranien est entrée dans une phase ostensiblement sensible. Le chef des négociateurs de Téhéran, Saïd Jalili, a exprimé vendredi son souhait de rencontrer la troisième semaine de juillet le Haut Représentant pour la Politique extérieure de l'Union européenne, Javier Solana, alors que, le même jour, l'Iran transmettait sa réponse à la nouvelle offre des Six (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Russie, Chine, plus l'Allemagne) présentée à Téhéran à la mi-juin. D'après le "Financial Times", la réponse écrite de l'Iran reste confuse - il s'agit d'une "lettre difficile et compliquée, qu'il faut bien analyser", a commenté lundi M. Solana, comporte des éléments intéressants mais n'apporte aucune avancée sur la suspension de l'enrichissement d'uranium réclamée par la communauté internationale. Cependant, un entretien téléphonique, vendredi, entre M. Solana et M. Jalili, se serait révélé positif et pourrait augurer un infléchissement de la position iranienne, selon le premier qui a évoqué "une certaine ouverture".

Autre preuve que l'on est entré dans une période sensible, après la révélation il y a quelques semaines d'un exercice militaire israélien semblant simuler une attaque aérienne sur l'Iran, le journaliste américain Seymour Hersh, généralement bien informé, a publié lundi dans "The New Yorker" des détails sur un renforcement des opérations secrètes menées par les Etats-Unis en territoire iranien. Cette initiative résulte d'une décision prise par George W. Bush en décembre 2007 au titre des activités demandées à la CIA et au Commandement des opérations interarmes (Joint Special Operations Command), qui peut être prise avec l'aval d'un nombre restreint de membres, républicains et démocrates, du Congrès. Et, en l'occurrence, le feu vert au financement d'activités subversives à hauteur de quelque 400 millions de dollars a été accordé également par l'establishment démocrate.

Des informations sur des activités secrètes des services américains en Iran circulent depuis plusieurs mois. L'auteur français Eric Laurent s'en était notamment fait l'écho (lire LLB du 14/03/2008) dans son livre "Bush, l'Iran et la bombe". Selon Seymour Hersh, cet aide visant à "saper les ambitions nucléaires de l'Iran et à essayer d'ébranler le gouvernement de Téhéran au moyen d'un changement de régime", selon les termes de l'argumentation officielle américaine, a pris plusieurs formes. Elle passe par le soutien à des minorités rebelles, les Arabes Ahwazi du sud du pays et l'opposition baloutche, à l'est de l'Iran. Des mouvements d'opposition nationaux bénéficieraient également des largesses américaines : l'Organisation des moudjahidines du peuple, pourtant encore inscrite sur la liste noire des groupes terroristes aux Etats-Unis, le Mouvement de la Résistance du Peuple iranien, Djoundallah, considérée par certains interlocuteurs américains de Seymour Hersh comme une "organisation salafiste vicieuse dont les fidèles ont suivi les cours de la même madrassa que les Taliban et les extrémistes pakistanais", ou le parti kurde PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan).

Mais entre le bâton et la carotte qui lui sont présentés par la communauté internationale, le régime iranien commence peut-être à se fissurer sur l'enjeu nucléaire.