Le ministre allemand de l'Intérieur s'est déclaré dimanche opposé à ce que des ministres turcs viennent en Allemagne à des meetings en faveur du référendum voulu par le président Erdogan, des rassemblements au centre d'une crise entre Ankara et plusieurs pays européens. "Personnellement, je ne suis pas partisan de ces apparitions. Je ne les souhaite pas. Une campagne (électorale) turque n'a rien à faire ici, en Allemagne", a déclaré Thomas de Maizière à la chaîne publique allemande ARD.

L'exécutif turc mise sur ces meetings pour convaincre la diaspora turque d'Europe de voter en faveur du référendum qui vise à renforcer les pouvoirs présidentiels. L'Allemagne compte la plus importante communauté turque au monde hors de Turquie, avec 1,4 million de personnes.

Mais ces rassemblements sont au coeur d'une grave crise diplomatique entre Ankara d'un côté, Berlin et La Haye de l'autre.

Ce mois-ci, plusieurs villes allemandes ont annulé des meetings électoraux au cours desquels des responsables politiques turcs devaient s'exprimer, provoquant la colère de Recep Tayyip Erdogan qui a qualifié ces annulations de "pratiques nazies".

Le chef de l'Etat turc a repris le même terme ce week-end en réaction à la décision des autorités néerlandaises d'empêcher deux ministres turcs de se rendre à des meetings aux Pays-Bas.

Lors de son interview à la chaîne allemande, M. de Maizière ne s'est pas pour autant prononcé pour une interdiction pure et simple de ces rassemblements, jugeant qu'un tel geste méritait d'être attentivement examiné.

"Mais il y a des limites, des limites bien définies, dans le code pénal, par exemple", a-t-il dit. "Celui qui insulte et fustige l'Allemagne ou son ordre constitutionnel en toute mauvaise foi enfreint la loi. Et là se trouve la limite".

La chancelière Angela Merkel avait jugé de son côté "tristes et déprimantes" les accusations de "nazisme" proférées par M. Erdogan.

Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a, lui, espéré dimanche que la Turquie "revienne à la raison", dans une interview à la chaîne ZDF.

Evoquant également le sort du correspondant germano-turc du quotidien Die Welt, Deniz Yücel, incarcéré pour propagande "terroriste" en Turquie, M. Schäuble a jugé que "les responsables turcs ont anéanti les fondements nécessaires à tout progrès en matière de coopération".