Theresa May se rendra à Buckingham Palace à 12h30 pour demander l'autorisation de former un gouvernement, d'après la BBC.

La cheffe du parti conservateur britannique a perdu sa majorité à la Chambre des Communes. Même si les siens restent la première formation politique du pays, sa position à la tête du pays est remise en cause. Et avec elle le projet de Brexit qu’elle avait exposé depuis neuf mois.

Theresa May a perdu son pari. Après avoir réclamé une élection anticipée le 18 avril dernier afin d’accroître sa majorité à la Chambre des Communes, la cheffe du parti conservateur devrait perdre douze sièges et avec eux sa majorité parlementaire. S’ils resteraient la première formation politique du pays avec 319 députés, les conservateurs devront s’associer au Parti démocrate unioniste (DUP), le très radical parti d’Irlande du Nord qui possède désormais dix élus, pour pouvoir gouverner. Cela leur permettrait de dépasser la barrière des 322 sièges, nécessaire pour gouverner.

Suite à sa réélection à son poste de députée, Theresa May a expliqué que « s’il est confirmé que le parti conservateur a gagné le plus grand nombre de sièges et de votes, ce sera à nous de nous assurer que nous aurons cette période de stabilité et c’est exactement ce que nous ferons ». On l’aura compris, la Premier ministre n’a alors pas voulu se prononcer sur son propre sort. Pourtant, il est improbable qu’elle reste longtemps en poste après cette gifle électorale.

Les premières critiques ont été émises par son propre camp. L’ancienne ministre conservatrice Anna Soubry, qui a été éjectée du gouvernement lors de l’arrivée au pouvoir de Theresa May, a ainsi fait savoir qu’« elle se trouve aujourd’hui dans une position très difficile. C’est une femme très talentueuse et remarquable et elle n’hésite pas à prendre des décisions difficiles. Mais elle doit aujourd’hui, évidemment, réfléchir à sa situation. Theresa a mis sa patte sur la campagne. Elle est responsable pour le déroulement de cette campagne. » Preuve que les choses peuvent rapidement tourner en politique, cette même Anna Soubry expliquait mercredi à la télévision que « beaucoup de gens nous rejoignent grâce à Theresa May. Ils lui font confiance en tant que meneuse, ils aiment ce qu’ils voient et ils savent qu’elle est la seule personne qui peut nous obtenir un bon accord sur le Brexit ».

De son côté, le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, qui a a rappelé que « la Premier ministre a initié cette élection parce qu’elle voulait un mandat. Le mandat qu’elle a obtenu est qu’elle a perdu des sièges conservateurs, des votes, du soutien et la confiance. Ce serait d’après moi suffisant pour quitter son poste. » Si tel était le cas 330 jours après son arrivée au pouvoir, elle serait la Premier ministre qui a gouverné le moins longtemps depuis près d’un siècle.

Ce résultat aura une conséquence majeure pour le Brexit. Comme l’a expliqué l’ancien chef du parti travailliste Ed Miliband : « Nous savons que Theresa May ne peut négocier le Brexit au nom du Royaume-Uni car elle a dit que perdre sa majorité détruirait son autorité – et c’est le cas. » De fait, Theresa May avait lancé l’élection en expliquant que « chaque vote pour les conservateurs me rendra plus forte lorsque je négocierai à Bruxelles avec les premiers ministres, présidents et chanceliers de l’UE ». Aujourd’hui, c’est donc la vision qu’elle avait énoncée du Brexit qui est totalement remis en cause. Le Ministre en charge de la sortie de l’Union Européenne David Davis a d’ailleurs admis ce matin que la proposition de son parti était de « quitter l’union douanière et le marché unique, tout en y gardant un accès et en ayant une relation profonde et spéciale avec l’Europe (..) Nous verrons si les gens l’ont accepté ou pas ». Il semblerait bien que non. Reste à savoir ce que cela signifiera concrètement.