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Exclu du gouvernement pour n'avoir pas déclaré ses impôts durant plusieurs années et avoir oublié de payer son loyer pendant trois ans, l'ancien secrétaire d'État français Thomas Thévenoud est sous le feu des projecteurs et des critiques. Son excuse ? Il se dit "phobique administratif" . Est-ce une pathologie ? Entretien avec Charles Kornreich, psychiatre et chef de clinique à l'Hôpital Brugmann de Bruxelles.

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La phobie des papiers, des administrations, des impôts est-ce que ça existe ?

Cela existe mais je ne pense pas que ce soit une maladie. Des tas de gens ont des difficultés à mettre en oeuvre des choses embêtantes, ce que l'on fait d'ailleurs tous plus ou moins : la procrastination. Il y a un évitement pour plusieurs raisons: on ne se sent pas compétent, on a le sentiment que malgré tout on s'en sort quand même, le fait que ce soit dur d'affronter des choses désagréables. Du coup on laisse passer d'autres activités avant et l'action est à chaque fois reportée. Tellement reportée que les années s'écoulent. Ce n'est pas pour autant qu'une personne ne peut pas faire une psychanalyse par rapport à cela.

L'anxiété ne peut pas conduire à un blocage ?

C'est quand même différent des troubles anxieux qui empêchent totalement de faire quelque chose, qui paralysent. Il faut distinguer une procrastination et le cadre d'une dépression où la personne est fatiguée, n'arrive plus à rien faire. Ce monsieur arrive à fonctionner dans d'autres secteurs dans la mesure où il est quand même secrétaire d'Etat. Le fait d'être paresseux, d'arriver toujours en retard, de ne pas faire les choses qui nous embêtent... Tout devient pathologique dans ce cas. Cela amène à une déresponsabilisation de l'individu.

N'est-ce pas une mode justement, de vouloir mettre une pathologie sur tous nos défauts ?

C'est le reproche qu'on peut faire à la psychiatrie. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux américain (ou DSM) inclut trop d'éléments. Si l'on s'en tient au DSM on peut en conclure qu'un tiers de la population a une pathologie psychiatrique. C'est un enjeu de taille pour la société, la reconnaissance d'une souffrance est importante mais ce n'est pas parce qu'il y a une souffrance que cela signifie qu'il y a une maladie...