Les dépouilles des trois enfants juifs et du rabbin froidement assassinés lundi à Toulouse ont quitté mardi l'école où ils ont été tués afin d'entamer leur dernier voyage vers Israël où ils seront inhumés, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les corps devaient prendre la direction de l'aéroport pour être acheminés vers Paris. De là, un avion doit les transporter en Israël en vue de leur inhumation mercredi.

Les deux corbillards noirs dépourvus de tout ornement sont sortis de l'école Ozar Hatorah poussés par les hommes, sous les lamentations déchirantes de la communauté et dans un accès brutal de chagrin chez tous et de colère chez certains.

Les corps devaient prendre la direction de l'aéroport pour être acheminés vers Paris. De l'aéroport parisien de Roissy, où doit se tenir une cérémonie à huis clos à laquelle assistera le président Nicolas Sarkozy, un avion doit les transporter en Israël en vue de leur inhumation mercredi. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé doit accompagner les corps et leurs familles en Israël.

Jonathan Sandler, 30 ans, professeur de religion, ses deux fils Gabriel et Arieh, 4 et 5 ans, et la petite Myriam Monsonego, 7 ans, la fille du directeur de l'école, ont été veillés toute la nuit à l'école Ozar Hatorah, théâtre la veille d'une tuerie qui laisse la communauté juive sous le choc.

Jonathan Sandler, de nationalité française, a vécu plusieurs années en Israël, et les trois enfants avaient la double nationalité franco-israélienne.

La piste des ex-paras néo-nazis exclue ?

Ces dernières heures, une piste selon laquelle des ex-paras radiés pour néo-nazisme pouvaient être impliqués dans les tueries de Toulouse et Montauban avait été évoquée. Une source policière a affirmé à l'agence Reuters que ces trois ex-paras avaient été mis hors de cause après avoir été entendus par les enquêteurs.

Notons toutefois que le quotidien "Le Monde" a pris contact avec une personne de la haute hiérarchie policière française qui a elle-même démenti cette information selon laquelle les ex-paras néo-nazis avaient été entendus cette nuit.

A 17h30, une conférence de presse du procureur de la République de Paris, François Molins, devrait éclaircir ces différentes pistes.

Le tueur pourrait avoir porté une caméra

Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, a estimé que le port d'une caméra par le tueur "serait de nature à conforter le profil psychologique de l'assassin".

M. Guéant s'exprimait lors d'un tour de la ville du sud-ouest, pour vérifier la mise en place du plan Vigipirate de couleur écarlate -- dernier échelon de ce plan qui évalue la menace terroriste en France -- annoncée la veille par le président Nicolas Sarkozy.

Il a confirmé que, selon un témoin, le tueur portait une caméra "sur la poitrine, sanglée", de type "GoPro".

C'est un appareil "permettant d'enregistrer en grand angle des images et ensuite de les visionner sur l'ordinateur. Dans mon esprit, cela serait de nature à conforter le profil psychologique de l'assassin", a considéré le ministre, rappelant que "chacun présente (celui-ci) comme quelqu'un de très froid, très déterminé, très maître de lui dans ses gestes, de très cruel".

M. Guéant a ajouté que de telles images "sont faites soit pour les visionner, soit pour les diffuser". Toutefois, elles n'avaient pas, "à sa connaissance", été diffusées mardi.

Les enquêteurs ont d'ores et déjà établi que le tueur agissait seul, avec détermination et ciblait ses victimes. Il a tué, à huit jours d'intervalle, trois militaires d'origine maghrébine et quatre juifs. Il est décrit comme un homme athlétique, familier du maniement des armes et qui circule à bord d'un scooter volé au puissant moteur.

La présence d'une caméra rappelle un autre meurtrier, le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes le 22 juillet 2011.

Breivik "avait l'intention de filmer (la tuerie) mais nous n'avons jamais trouvé de caméra nulle part. On sait qu'il en avait une puisqu'on l'a vue sur des photos et qu'il en a confirmé l'existence", a déclaré mardi à l'AFP Paal-Fredrik Hjort Kraby, un des responsables de l'enquête en Norvège. Cette "mini-caméra" a "été très probablement oubliée dans la voiture piégée" utilisée pour commettre un premier attentat à la bombe avant une fusillade sur une île, selon l'enquêteur.

En France, les enquêteurs exploraient notamment mardi la piste d'un tueur à l'idéologie raciste et antisémite se réclamant de l'ultra-droite, ce qui correspond en partie au profil du Norvégien.

"Les pistes existent, bien entendu"

Pour le psychiatre criminologue Roland Coutanceau, le tueur du sud-ouest n'est pas un "tueur de masse" comme Breivik, qui a cherché à faire le plus grand nombre de victimes jusqu'à sa capture, mais il pourrait être un "malade mental, avec un aménagement de caractère paranoïaque, proche du tueur d'Oslo.

"Quelqu'un qui a un délire en secteur tandis que tout le reste de sa personnalité fonctionne +normalement+, ce qui le rend capable d'organisation et d'intelligence stratégique", ajoute-t-il.

Claude Guéant a répété mardi matin que "les pistes existent, bien entendu", mais que "pour l'instant il n'y a pas d'éléments qui nous permettent de dire que nous sommes proches d'une arrestation".

A la radio Europe 1 auparavant, il a affirmé que des "milliers de vérifications ont déjà été faites", notamment sur "des militaires qui ont pu être chassés de l'armée et qui pourraient avoir à l'esprit un désir de revanche".

Le 17e régiment de parachutistes de Montauban, auquel appartenaient les militaires tués jeudi 15 mars dans cette ville, avait été le théâtre, selon plusieurs médias, de démonstrations nazies de la part de trois de ses militaires, dénoncés à leur hiérarchie par un autre qui a depuis quitté l'armée.

Dans le cadre de cette piste, un militaire de Castres (proche de Toulouse) a été interpellé le 16 mars au soir après la tuerie de Montauban avant d'être relâché sans poursuites.