C’est un vendredi pas comme les autres à Londres. Le soleil est au rendez-vous après des mois et des mois de jeu à cache-cache. Les Londoniens ont vécu, des mois durant, une sorte d’éclipse permanente qui avait mis à mal leur moral. Le cliché dit qu’il pleut tout le temps à Londres. "C’est faux. Seulement deux fois dans l’année, sauf qu’à chaque fois, cela dure six mois", répondent les plus pragmatiques, soucieux de ne pas faire fuir les touristes.

Mais ce vendredi-là, les températures estivales sont donc de sortie. Et sur Trafalgar Square, des centaines de personnes se sont réunies autour des deux gigantesques fontaines situées sur l’esplanade. Des étrangers pour la plupart, venus profiter du beau temps tout en découvrant l’un des lieux touristiques les plus populaires de la capitale britannique. Des photos et encore des photos, les appareils crépitent comme si Kate Moss avait débarqué, sous le regard amusé des "Londoners" qui les observent un café à la main. Car, oui, les Anglais boivent autre chose que du thé. Pour preuve, les quatre enseignes de boissons chaudes qui encerclent la place. Impossible d’en sortir ou d’y entrer sans y avoir fait un tour.

Mais ce qui attire l’attention depuis jeudi, c’est une volaille. Pas une vraie, une sculpture représentant un coq de couleur bleue. Des centaines de photographes sont venus immortaliser la bête, alors que les Londoniens s’indignent de voir trôner le "French cockerel" sur la place. Lui ont-ils demandé ses papiers d’identité pour s’en assurer ? La créatrice de la sculpture, Katharina Fritsch, qui est allemande, a confié ne pas savoir que le coq était l’un des symboles représentant la France, et qu’il s’agissait plutôt d’une "victoire pour le féminisme". "Durant plusieurs centaines d’années, la femme était le modèle des œuvres. Aujourd’hui, c’est un homme", explique-t-elle. Pas sûr que tout le monde comprenne.

Les pieds dans l’eau

Trafalgar Square est une des plus célèbres places de Londres. Elle commémore la victoire de Trafalgar, une bataille qui a opposé les flottes franco-espagnoles et britanniques en 1805. Aujourd’hui, elle est devenue un point de rassemblement pour différentes manifestations politiques ou culturelles. Mais, ce vendredi, pas de protestations contre le président égyptien déchu Mohamed Morsi, ni de rassemblement en soutien à Nelson Mandela. Que du soleil ! Et certains se laissent tenter par un petit bain de pieds dans l’une des fontaines, bien que ce soit prohibé. Les deux gardes qui surveillent la place font mine de ne rien voir, eux-mêmes sans doute tentés d’y plonger pour se rafraîchir. En revanche, ils sont intransigeants avec la sécurité. L’un d’eux interpelle une personne assise sur une rambarde plutôt haute, lui demandant de descendre immédiatement. Elle s’exécute sans rechigner. On ne badine pas avec les règles en Angleterre.

Si bien qu’un élément faisant la "réputation" de Trafalgar Square a quasi disparu. Il s’agit… des pigeons. Dans les années 2000, Ken Livingstone, à l’époque maire de Londres, a déclaré la guerre aux pigeons en interdisant la traditionnelle vente de graines sur la place, voulant ainsi mettre un terme aux montagnes d’excréments et à l’odeur nauséabonde. Des panneaux l’indiquent d’ailleurs très clairement qu’il "est interdit de (les) nourrir". Une association de défense des pigeons de Trafalgar s’est alors créée pour les sustenter de "manière homonyme" afin de préserver l’espèce. Cependant, son initiative ne les a pas empêchés de complètement déserter la place, prenant d’assaut plusieurs parcs de la capitale.

En revanche, les touristes, eux, sont toujours là, de plus en plus nombreux chaque année à Trafalgar Square, admirant ses fontaines, l’amiral Nelson. Et, ces jours-ci, son voisin de volatile.