La décision du Comité d’éthique réuni par l’OMS d’approuver l’emploi de traitements non homologués paraît tout à fait justifiée pour les médecins infectiologues belges que nous avons interrogés.

"Cette décision ne me surprend pas, nous dit le Pr Nathan Clumeck, du service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre. Elle s’impose à nous, elle est dictée par l’urgence et la gravité de la situation. Par le fait qu’il est extrêmement choquant de voir que les décès se montent à 60, voire 80 % des cas infectés. Il s’agit d’une situation absolument inédite et ne rien faire aurait été considéré comme criminel.

Cette décision était donc attendue dans la mesure où il y a eu deux patients traités aux Etats-Unis. Il fallait éviter la critique qui aurait consisté à dire : ‘on ne traite que les patients des pays riches alors que le problème se trouve dans les pays pauvres’. Faire rapidement un geste symbolique et, au-delà, un geste important pour les pays défavorisés , était nécessaire".

Quant aux critiques selon lesquelles les Africains serviraient de cobayes, "on ne peut à la fois dire : vous ne faites rien, les gens meurent, vous les regardez mourir… Et, quand on fait quelque chose, dire : mais enfin, on ne connaît rien de ce sérum expérimental…, rétorque le Pr Clumeck. De plus, l’épidémie sévit en Afrique. Il est donc logique de tester les traitements là où se trouve le problème".

"L’important est de travailler dans la transparence. Il faut être honnête avec le patient et administrer le sérum selon des règles éthiques claires. La première étant : le patient doit donner un consentement éclairé. Il doit dire qu’il accepte, qu’il a bien compris que l’on ne connaît ni l’efficacité ni les effets secondaires du traitement. Il doit savoir qu’il court le risque. En plus, ici, il s’agit d’un essai expérimental qui n’est pas fait dans l’intérêt de la connaissance, mais dans l’intérêt du patient.

Pas un sérum miracle

Dès le moment où le traitement s’est avéré efficace chez les chimpanzés et chez deux patients, on peut supposer qu’en l’administrant à un plus grand nombre, il y aura un effet bénéfique. Si en donnant le sérum, il n’y a plus 60 % des gens qui décèdent, mais seuls 30 %, c’est déjà bénéfique.

Il faut aussi savoir que ce sérum n’est pas un traitement miracle. Il s’agit d’anticorps et s’ils sont administrés trop tard, ils n’agiront plus. Il faudra donc probablement sélectionner les patients afin de les donner à un stade pas trop bénin, car le patient pourrait s’en sortir seul, mais pas non plus trop avancé, car il ne servirait plus à rien".

Conditions exceptionnelles

"La mise sur le marché de médicaments, vaccins ou sérums requiert des critères bien définis permettant de s’assurer de leur efficacité thérapeutique et leurs éventuels effets secondaires, nous explique pour sa part le Pr Frédérique Jacobs, Chef de clinique des maladies infectieuses à l’hôpital Erasme. Elle nécessite des études cliniques incluant un nombre important de patients dans des conditions d’étude très strictes.

Toutefois, dans des conditions exceptionnelles de maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitements assez efficaces et pour lesquelles l’urgence de la situation ne permet pas d’attendre des résultats plus complets, il peut être envisagé de proposer aux patients de recevoir un médicament qui n’a pas encore effectué tous les tests requis. Ceci ne peut se faire que dans des conditions également très contrôlées. En effet, le patient doit être averti du côté encore expérimental du traitement et doit prendre la décision en étant parfaitement averti de l’état de connaissance concernant ce produit quant à son efficacité et des éventuels risques de toxicité. Les informations que les scientifiques pourront retirer de cette utilisation "à visée humanitaire" sont essentielles pour confirmer l’utilisation ultérieure à plus grande échelle de ces traitements.

Dans le cas de l’épidémie liée au virus Ebola, l’absence de traitement antiviral existant, la mortalité importante associée à cette infection ainsi qu’une situation épidémique non contrôlée sont des éléments qui incitent à l’utilisation précoce de molécules dont les premiers résultats semblent encourageants. En cas de résultats positifs, la possibilité de production de ces traitements en plus grandes quantités, dans un délai court et pour un prix abordable pourrait représenter un obstacle important".

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