Gill Lusk est éditrice associée de la lettre d’information "Africa Confidential" et spécialiste du Soudan.

Qu’est-ce qui explique le lien si fort entre l’Egypte et le Soudan ?

D’abord, c’est un lien très ancien : le Soudan a été une colonie de l’Egypte, et au Caire il est toujours vu comme la "profondeur stratégique" de l’Egypte, son arrière-cour. De plus, les deux pays sont liés par le Nil, dont ils se sont partagé une énorme proportion des eaux. L’Egypte a peur de ne pas avoir assez d’eau pour maintenir son agriculture à un niveau suffisant pour nourrir ses populations et pousse donc le Soudan à s’opposer aux changements que souhaitent les autres pays de l’Initiative pour le Bassin du Nil. L’Egypte s’est toujours entendue avec n’importe quel gouvernement à Khartoum. En échange, le Soudan est en paix avec l’Egypte alors qu’il a craint d’être l’objet d’une invasion par les forces armées de ce pays lorsqu’en 1985, le Soudan s’est impliqué dans l’assassinat de feu le président Anouar el Sadate.

Si, dimanche prochain, le Sud-Soudan votait en faveur de la sécession, comme tout le monde le suppute, cela amènerait-il des changements ?

C’est très possible. L’Egypte a été bien lente à se rendre compte que le Sud-Soudan allait devenir indépendant. Le Caire a des vues très paternalistes vis-à-vis du Nord-Soudan et plus encore s’agissant du Sud-Soudan...

Que peut-il arriver ?

Le Sud-Soudan pourrait décider de devenir membre de l’Initiative pour le Bassin du Nil et rejoindre la position des adversaires du Caire et de Khartoum sur le partage des eaux du Nil.

Quant à savoir si le Nord-Soudan changerait de position, c’est une bonne question mais, a priori, il paraît difficile qu’il réclame plus d’eau à l’Egypte alors que les autres pays riverains trouvent déjà qu’ils n’en ont pas assez. En tout état de cause, le Nord-Soudan ne voudra pas perdre de ses ressources.