La victoire aux législatives du mouvement islamiste Hamas, qui a stupéfait la communauté internationale, a plongé les territoires palestiniens dans l'incertitude politique et servi de détonateur à des violences entre partisans du groupe radical et supporters du Fatah.

La tension est très vive dans la bande de Gaza depuis l'annonce officielle des résultats jeudi. Des affrontements armés ont éclaté vendredi impliquant des partisans des deux camps, qui pour l'heure restent limités au sud du territoire, à Khan Younès et ses alentours.

Au total, neuf personnes ont été blessées, dont cinq membres des forces de sécurité palestiniennes.

Des affrontements directs ont eu lieu entre partisans du Fatah et du supporters du Hamas, mais ces derniers ont aussi pris pour cible une patrouille des membres de la sécurité et un bâtiment de la sécurité préventive. Aux troubles sécuritaires s'ajoutent les incertitudes sur la formation du gouvernement. Le leader palestinien, Mahmoud Abbas, a affirmé qu'il allait charger le Hamas de former le nouveau cabinet. "Nous menons des contacts et des consultations avec tous les blocs. Bien sûr, je vais demander à la majorité de former ce gouvernement", a-t-il déclaré vendredi. Le Hamas a remporté le scrutin en obtenant 76 sièges sur les 132 du Parlement contre 43 pour le Fatah. Le chef de file du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a parlé de son côté de discussion avec M. Abbas autour d'un "partenariat politique" dans les prochains jours.

Mais le leader de l'Autorité palestinienne se retrouve dans une situation très difficile. Plusieurs milliers de partisans du Fatah et des membres des puissants groupes armés liés à son parti ont manifesté à travers la bande de Gaza pour refuser toute participation à un gouvernement dirigé par les islamistes.

Plusieurs responsables du Fatah -dont son homme fort dans la bande de Gaza Mohammed Dahlan- ont exclu un gouvernement d'union. "Je vous assure que le Fatah ne participera pas au nouveau gouvernement", a affirmé M. Dahlan.

Le Fatah, qui a exercé un règne sans partage sur l'Autorité palestinienne pendant une décennie, voit aussi se profiler une grave crise interne. Sa base a demandé la tête des caciques du parti, considérés comme les responsables de la sévère défaite en raison de la corruption généralisée.

Dans des messages confus et parfois contradictoires, certains manifestants ont demandé la démission de M. Abbas de la présidence, d'autres la démission des membres des instances dirigeantes du Fatah, le Comité central et le Conseil de la révolution.

Quelque 3.000 activistes palestiniens du Fatah accompagnés de 80 hommes armés des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa manifestaient samedi à Naplouse contre la direction de leur mouvement qui a perdu les élections face aux islamistes du Hamas.

Les hommes armés ont tiré en l’air durant le défilé. A l’aide de haut-parleurs, les manifestants ont exigé la démission des membres du comité central du Fatah en leur donnant 24 heures pour obtempérer, a constaté un correspondant de l’AFP.

Les manifestants ont également rejeté toute participation du Fatah à un gouvernement qui serait dirigé par le Hamas.

Un des responsable a scandé à l’aide d’un porte-voix: «Nous affirmons au Hamas que nous protégerons le drapeau palestinien». «Nous ne leur permettrons pas de changer le drapeau palestinien» ou «Nos balles viseront la tête de l’occupation (israélienne) et celle de tous ceux qui s’en prennent au Fatah».

Certains des activistes qui se sont exprimés durant la manifestation ont proclamé qu’ils ne respecteraient plus une trêve des attaques anti-israéliennes décrétée par une douzaine de mouvements palestiniens l’an dernier. Cette trêve s’est achevée officiellement à la fin de 2005.

D'après les dernières nouvelles, des militants armés du Fatah et des membres des Brigades des Martyrs d'Al Aqsa, la branche terroriste du parti, auraient pénétré dans le parlement palestinien et dans le palais de la Mouqatah, siège de l'Autorité palestinienne.

Un autre rassemblement du Fatah, prévu dans l’après-midi dans la ville de Gaza pourrait être annulé de crainte d’affrontements avec des militants du Hamas, a indiqué à l’AFP un responsable du Fatah.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des affrontements armés ont fait neuf blessés, dont cinq membres des forces de sécurité palestiniennes, à Khan Younès (sud de la bande de Gaza) et ses alentours.

Auparavant, plusieurs milliers de partisans du Fatah avaient défilé dans plusieurs localités de la bande de Gaza pour demander la démission des caciques du Fatah, considérés comme les responsables de la sévère défaite face au Hamas, en raison notamment de la corruption généralisée.

Hamas a remporté le scrutin en obtenant 76 sièges sur les 132 du Parlement contre 43 pour le Fatah, qui a régné sans partage pendant une décennie sur les institutions de l’Autorité palestinienne.

Si la victoire du Hamas et son ampleur a suppris en Israël et à l'Etranger, elle a au premier chef surppris le mouvement islamiste lui même qui ne s'attendait pas à reporter une telle majorité. Pas préparé à gouverner seul, le Hamas tend la main au Fatah de Mahmoud Abbas et se dit prêt à un partenariat avec les autres factions palestiniennes.

Khaled Machaal, le chef politique du mouvement islamiste, a aussi déclaré samedi à Damas réaffirmant son refus de déposer les armes contre Israël.

Basé à Damas, Khaled Machaal, qui prend les décisions politiques en consultation avec les chefs du mouvement en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, a déclaré être en contact avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

"Nous parviendrons à une formule de partenariat et nous tendons la main à chacun", a-t-il déclaré au cours d’un point de presse.

Khaled Machaal a dénoncé l’opposition israélienne et américaine à la victoire du Hamas.

"Le monde a mis en avant le slogan de la démocratie et il doit maintenant respecter les résultats de la démocratie. Si vous voulez punir le peuple palestinien pour l’avoir exercée, l’administration américaine doit alors punir les Américains pour avoir choisi le président Bush", a-t-il dit.

Le Hamas, selon lui, est déterminé à réorganiser l’Autorité palestinienne. "Le Hamas a réussi dans la résistance et il réussira dans les réformes".

Le mouvement islamiste, a-t-il souligné, ne désarmera pas. "Tant que nous serons sous occupation, la résistance sera notre droit (...) légitime. Notre présence dans la législature renforcera la résistance", a-t-il dit, précisant que les attentats contre des civils israéliens se poursuivraient tant qu’Israël continuerait à "viser des civils" palestiniens. Invité à préciser si une trêve ayant expiré fin 2005 serait reconduite, il a répondu: "ses résultats n’étaient pas encourageants".

Remerciant le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour avoir organisé ces élections, il a tendu sa main à son mouvement le Fatah, grand perdant des législatives, mais a laissé entendre qu’il ne soutenait pas le programme sur la base duquel avait été élu M. Abbas.

«Nous avons été choisis sur la base de notre programme», a-t-il dit.

«Nous ne sommes pas dans une situation embarassante. Ni nos frères du Fatah. Hamas apprécie l’importance du moment et nous avons une vision par raport à tout cela. Nous sommes devant un grand défi», a souligné M. Mechaal.

A la suite de la victoire du Hamas, M. Abbas avait rappelé qu’il préconisait la négociation comme moyen de parvenir à un règlement de paix avec Israël alors que le Hamas, qui ne reconnaît pas l’Etat juif, prône la lutte armée.

Soucieux d’apaiser les inquiétudes que la victoire du Hamas a suscitées de par le monde, M. Abbas avait affirmé que le nouveau gouvernement devrait «respecter des accords et des engagements pris auprès de la communauté internationale».

«Nous voulons un partenariat. Nous tendons la main au Fatah, nous avons besoin les uns des autres» et devons travailler ensemble «pour l’intérêt du peuple palestinien», a dit M. Mechaal.

Il a expliqué que la priorité du Hamas était notamment d’introduire des réformes dans le système politique palestinien, de régorganiser «la maison palestinienne» et de «protéger la résistance et de resserer les rangs autour de cette résistance».

Khaled Mechaal, chef en exil du Hamas, a assuré samedi que son mouvement, grand vainqueur des législatives palestiniennes de mercredi, adopterait une approche «très réaliste» des accords d’Oslo (1993) sur l’autonomie palestinienne, lors d’une conférence de presse à Damas.

Il a cependant assuré que la non reconnaissance d’Israël ne signifiait pas ne pas agir conformément «aux besoins de la phase actuelle».

«Nous avons une Autorité créée sur la base (des accords) d’Oslo et nous allons adopter une approche » très réaliste « de cette réalité sans pour autant que cela soit en contradiction avec le droit de notre peuple», a-t-il affirmé.

M. Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, a affirmé que son mouvement ne pouvait pas «se soumettre à des pressions pour la reconnaissance d’Israël, car l’occupation n’est pas légitime et nous n’abandonnerons pas nos droits».

Les accords d’Oslo «sont caduques et enterrés», a-t-il dit, ajoutant «nous voulons libérer notre terre, Jérusalem et nous tenons au droit au retour (des réfugiés), au refus de la colonisation (israélienne), à l’option de la résistance et aux armes de la résistance».

Quant à la position du Hamas concernant l’étabissement d’un Etat palestinien, il a affirmé qu’il fallait être patient et travailler «petit à petit» pour le «recouvrement de nos droits et l’établissement d’un Etat souverain».

Il a en outre tenu à souligner que «la carte de la Palestine est la carte de la Palestine que tout le monde connaît», en allusion à la Palestine historique sous le mandat britannique.