L’élection américaine révèle les clivages idéologiques de la société israélienne.

"Clinton, favorite, à moins que…" Le quotidien de gauche "Haaretz" ne croyait pas si bien dire en titrant ainsi son éditorial au matin du mardi 8 novembre. En effet, ces trois derniers mots ont finalement eu raison de la presse et des enquêtes d’opinion israéliennes, qui annonçaient, sinon espéraient, la victoire d’Hillary Clinton à la présidentielle américaine.

Les Américains d’Israël pro-Trump

Une semaine auparavant, un sondage, publié par l’organisation non gouvernementale IVote Israel, avait pourtant établi que 49 % des Juifs américains en Israël (qui sont au total près de 300 000) préféraient Donald Trump à son adversaire démocrate (44 %).

L’élection du candidat républicain à la Maison-Blanche a produit malgré tout un effet de sidération. "Je savais que les scores allaient être serrés, mais je pensais qu’Hillary gagnerait", raconte Gayle Meyer, activiste du Parti démocrate en Israël, encore "sous le choc" de la défaite.

Mercredi 9 novembre, Benyamin Netanyahou a déclaré se réjouir de la future collaboration avec ce "grand ami d’Israël". Or, le Premier ministre, homme du Likoud (le parti à la tête de la coalition gouvernementale), n’a auparavant eu affaire qu’à des présidents démocrates. Il "aurait su manœuvrer" avec Hillary Clinton mais, ", c’est l’inconnu", observe le "Maariv", l’un des principaux quotidiens en Israël.

Benyamin Netanyahou suit en effet "une idéologie de droite" alors que "Trump n’en a aucune. Il est de toute façon très difficile de savoir ce qu’il y a derrière ses déclarations", analyse Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem.

Les Républicains mobilisés en Israël

Au fil des promesses grandiloquentes ou des déclarations à l’emporte-pièce du candidat Trump en matière de politique étrangère, la campagne présidentielle américaine a été très suivie ici.

Et, cette fois, les militants républicains expatriés se sont mobilisés comme jamais auparavant - et notamment auprès des colons juifs américains de Cisjordanie. Résultat, "environ 70 % des Israéliens américains ont voté pour Trump", se félicite Sruly Cooper, représentant du Parti républicain à Modiin, une ville du centre du pays. "Et ils attendent qu’il réalise ses promesses de campagne !"

Alors que les commentateurs considèrent, par exemple, que le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem - pour signifier de facto la reconnaissance de la souveraineté de l’Etat hébreu sur la ville sainte - restera lettre morte, ce New-Yorkais installé en Israël depuis 2002 "ne doute pas" que le futur chef d’Etat américain "tiendra parole" et "soutiendra [ainsi] Israël".

Au lendemain du scrutin, le maire de Jérusalem, Nir Barkat, membre du Likoud, a d’ailleurs rappelé à Donald Trump cette même promesse qui, si elle se réalisait, modifierait des années de politique américaine dans la région.