L'ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, passe à la vitesse supérieure: il va dire sa vérité mercredi lors d'une audition très attendue devant une commission parlementaire sur les affaires privées du président américain et ses liens avec la Russie, qui auraient pu influencer son élection en 2016.

Selon des déclarations préparées à l'avance et publiées par le New York Times ainsi que d'autres médias américains, M. Cohen va qualifier le président de "raciste" et d'"escroc" qui connaissait à l'avance les révélations de WikiLeaks sur sa rivale Hillary Clinton. Il va aussi expliquer comment il avait eu instruction de mentir sur un projet immobilier en Russie en pleine campagne présidentielle.

Donald Trump, actuellement au Vietnam pour un deuxième sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, a tenté de discréditer son ancien avocat. "Michael Cohen a été l'un parmi de nombreux avocats qui m'ont représenté (malheureusement)", a-t-il tweeté. "Il ment afin de réduire sa peine de prison", a-t-il accusé.

Mardi, au premier de trois jours d'auditions prévus, M. Cohen a déclaré à la sortie d'une première audition marathon - à huis clos - devant la commission sénatoriale du Renseignement: "j'attends avec impatience de raconter ma version aux Américains et je les laisserai décider qui dit la vérité".

L'audition de mercredi, publique et retransmise en direct à la télévision, se déroulera devant la commission de Contrôle de la Chambre des représentants, récemment repassée sous contrôle démocrate. Selon CNN, M. Trump devrait regarder l'audition entre les séances de négociations à Hanoï.

Devant les parlementaires, Michael Cohen devrait décrire "les mensonges, le racisme et les tricheries" de Donald Trump, en tant qu'homme d'affaires ou comme président, selon le Washington Post citant des sources proches du dossier.

La commission, qui comprend les élues de l'aile gauche du parti démocrate Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib, devrait l'interroger sur les finances de l'Organisation Trump, pour laquelle il a travaillé pendant dix ans, les déclarations d'impôts du promoteur, les comptes douteux de sa fondation ou le projet de tour à Moscou en 2016.

Sans oublier les 280.000 dollars qu'il a versés lors de la campagne à deux femmes, Stormy Daniels et Karen McDougal, pour acheter leur silence sur leurs liaisons supposées avec le milliardaire.

A 52 ans, l'ancien gardien des secrets de la famille Trump est devenu un témoin dangereux après avoir accepté de coopérer avec la justice. Il a été condamné en décembre à trois ans de prison pour fraude fiscale, parjure et infraction au code électoral. Il sera incarcéré le 6 mai.

"Criminel déshonoré" 

Les partisans du président, eux, sont nerveux. Le parlementaire de Floride Matt Gaetz a adressé à M. Cohen un message qui a fait grand bruit sur Twitter. "Votre femme et votre beau-père sont-ils au courant pour vos maîtresses? Ce soir serait peut-être le bon moment pour cette conversation", a-t-il écrit, avant de nier devant la presse avoir voulu intimider le témoin.

Mardi, Michael Cohen s'est expliqué sur ses mensonges initiaux lors de sa première audition devant la commission sénatoriale en 2017, notamment sur ses contacts avec des responsables russes au sujet du projet immobilier à Moscou en 2016.

Mercredi, il va expliquer selon le projet de déclaration publié dans la presse: "lors de conversations que nous avons eues durant la campagne, alors même que je négociais en Russie pour lui, il me regardait dans les yeux et me disait qu'il n'y avait aucun projet en Russie puis sortait et mentait au peuple américain en répétant la même chose".

"A sa façon, il me disait de mentir", va-t-il dire, précisant que M. Trump mentait parce qu'il ne s'attendait pas à gagner l'élection et escomptait des centaines de millions de dollars du projet.

M. Cohen va également exprimer sa honte de sa loyauté passée envers M. Trump: "j'ai honte parce que je sais qui est M. Trump. C'est un raciste. C'est un escroc. C'est un tricheur".

A propos du racisme, M. Cohen va dire que M. Trump "est bien pire" que ce qu'il a donné à voir. "Une fois, il m'a demandé si je pouvais nommer un pays dirigé par une personne noire qui ne soit pas un +pays de merde+. A l'époque Barack Obama était président des Etats-Unis".

"Un jour où nous traversions un quartier difficile de Chicago, il a dit que seuls les Noirs pouvaient vivre ainsi. Et il m'a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui parce qu'ils étaient trop stupides. Et pourtant j'ai continué à travailler pour lui".

Jeudi, Michael Cohen témoignera, à huis clos, devant la commission du Renseignement de la Chambre pour parler du sujet le plus sensible: les contacts entre l'équipe Trump et des Russes durant la campagne de 2016 et une éventuelle collusion pour battre Hillary Clinton que le président républicain et Moscou démentent fermement.

Il ne devrait en revanche pas s'exprimer sur l'enquête du procureur spécial Robert Mueller à laquelle il a collaboré, qui porte sur ces soupçons de collusion et d'entrave à la justice du président américain, et semble toucher à sa fin.

Ces auditions avaient été reportées plusieurs fois, Michael Cohen ayant affirmé avoir reçu des "menaces" contre sa famille.