Contacté par LaLibre.be, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel français (CSA) a déclaré avoir suspendu "le décompte des temps de parole" des candidats pendant deux jours, ces 19 et 20 mars. Autrement dit, aucune des interventions radiophoniques et télévisées des différents candidats en lice pour la présidentielle ne seront prises en compte et comptabilisées jusqu'à ce mardi soir minuit.

Dès lundi matin, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu'il interrompait sa campagne au moins jusqu'à mercredi, jour de l'enterrement des 3 militaires abattus. Il a donc tout annulé, en l’occurrence un passage sur France Info et un meeting à Orléans.

Son rival socialiste, François Hollande, a lui annulé son grand meeting de Rennes ce mardi soir mais a maintenu son interview sur RMC et BFM TV. Il a indiqué "ne pas vouloir faire d’analyse des causes, ce n’est pas le moment; nous y reviendrons, sur ce qui existe dans la société française". "Il n'y a pas de raison de penser qu'un candidat en fera une utilisation partisane. [...] Je ne veux pas croire que quiconque essaiera d'instrumentaliser un malheur. Je ne veux même pas l'imaginer", a-t-il ajouté. Après s'être rendu lundi à Toulouse, comme Nicolas Sarkozy, il a également assisté mardi à une minute de silence dans un collège parisien et prévoit de se rendre mercredi à Montauban aux obsèques des militaires assassinés.

Mélenchon refuse de suspendre sa campagne.

Le candidat de la gauche radicale à l'élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon, a refusé mardi d'observer une trêve dans la campagne, en hommage aux victimes des tueries de Toulouse et Montauban (sud-ouest).

"Poursuivre la campagne, c'est un acte de résistance morale, intellectuelle et affective", a lancé le candidat du Front de gauche, auteur d'une percée remarquée ces dernières semaines dans les sondages, où il pèse plus de 10% des intentions de vote.

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon a par ailleurs publié un long post intitulé "De la fête aux larmes", dont le premier paragraphe est consacré à la tuerie:

"Rien ne serait plus obscène, selon ma manière d’être, que d’imposer le fracas et les bousculades de la campagne présidentielle aux familles et aux enfants qui vivent cette horreur. Chacun choisi [sic] sa façon de dire."

Notons que la présence du candidat du Front de gauche à la marche silencieuse parisienne de lundi soir a été contestée, tandis qu'Eva Joly, Cécile Duflot et Martine Aubry ont été huées à la synagogue Nazareth, où étaient réunis la plupart des responsables politiques.

De son côté, le candidat du MoDem François Bayrou a pris la même décision que Jean-Luc Mélaenchon et a justifié celle-ci en expliquant que la question de la montée de l'intolérance méritait d'être traitée durant la présidentielle. Il a donc maintenu sa réunion publique à Grenoble lundi soir, expliquant:

«Ceci n'est donc pas un meeting, ce n'est donc pas une réunion électorale, c'est pour moi une très importante réunion de réflexion nationale.»

Le discours du candidat centriste a par ailleurs suscité les critiques du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé qui lui a répliqué mardi matin sur France 2:

«N'ajoutons pas l'ignoble à l'horrible, n'essayons pas de tirer parti dans un sens ou dans l'autre, dans quelque direction que ce soit, de ce drame qui n'a rien à voir avec la campagne électorale naturellement.»

La France était encore sous le choc mardi après une attaque antisémite contre une école juive de Toulouse lundi matin, qui a fait 4 morts, dont 3 jeunes enfants.

L'impact à long terme des drames de Montauban et de Toulouse.

Les différents états-majors s'interrogent sur l'impact des tueries de Montauban et Toulouse sur la campagne, et en premier lieu pour Nicolas Sarkozy, jusqu'ici donné nettement perdant au second tour face à François Hollande, même s'il a regagné du terrain dans les derniers sondages.

Dans ces circonstances, le président candidat retrouve automatiquement sa prééminence institutionnelle et sa position de garant de l'unité nationale. "Dans des moments de violence extrême, le pouvoir a une légitimité sur les enjeux régaliens", comme la sécurité, a estimé Brice Teinturier, de l'institut TNS Sofres.

En revanche, Nicolas Sarkozy pourrait être contraint de moduler l'agressivité de sa campagne. "Ce qui va changer dans la campagne, c'est le ton virulent. Je crois que les politiques qui ne respecteraient pas ce changement de ton seraient sanctionnés", juge le politologue Dominique Reynié.