Ces derniers jours, Marine le Pen était restée tapie dans l’ombre, s’imposant une discrétion médiatique inhabituelle. Mais, mercredi matin, la candidate du FN fut la première parmi les personnalités à réagir aux événements toulousains. Bondissant sur cette actualité, sortant ses griffes, elle a lancé une offensive contre le pouvoir : bien décidée à ce que, à cinq semaines du premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy ne soit pas le seul à éventuellement tirer un profit électoral des événements.

L’attaque lepéniste a été double. D’abord, l’exigence d’un référendum sur le rétablissement de la peine de mort "pour les crimes les plus graves" - ce que réclament aussi certains membres de l’aile la plus à droite de l’UMP. Et, au minimum, l’instauration "d’une (peine d’emprisonnement à la) perpétuité réelle" pour certains condamnés. "Vous imaginez Mohamed Merah de nouveau dans la rue dans 25 ans ?", s’est-elle indignée. Ensuite, deuxième angle d’attaque : la dénonciation du "laxisme" des autorités.

Laxisme dans la lutte antiterroriste, la politique migratoire, et la surveillance de ceux qui, parmi les immigrés, se sentent "musulmans avant d’être Français". "Il est temps que l’Etat français se rende compte qu’il y a des réseaux islamistes dangereux dans ce pays !", s’est exclamé le FN. "Le risque fondamentaliste est sous-estimé" en haut lieu, a renchéri Marine Le Pen. Qui a visé Nicolas Sarkozy : "Parmi les multiples promesses de 2007, il y avait celle d’aller chercher les armes dans les caves. Je n’ai pas le sentiment qu’on l’ait fait."

Le FN voit "un scandale" dans le fait que Mohamed Merah n’ait été, en France, que surveillé, et non emprisonné, pour ses séjours en Afghanistan et au Pakistan. Alors que les autorités assurent qu’elles n’avaient pas d’indications leur permettant de dire que le jeune homme s’apprêtait à tuer. L’UMP a riposté, accusant les lepénistes d’"outrance" et d’"utilisation des peurs" . "Aucun système de sécurité ne sera jamais capable de prévoir les actions d’un dément !", a fulminé le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui a traité les lepénistes de "charognards". "C’est la question de l’Etat de droit", s’est défendu le ministre de la Défense. "Nous pouvons, en effet, considérer chaque Français comme suspect. Mais ce n’est pas notre culture. Nous n’avons pas un Etat policier."

Pendant que Marine Le Pen assurait ne pas vouloir faire d’"amalgame" entre Français musulmans et salafistes et/ou terroristes en puissance, les leaders de la communauté musulmane de France ont fait part de leur consternation et de leurs craintes.

Le recteur de la Grande mosquée de Paris s’est dit "abasourdi" par la révélation à la fois de l’obédience salafiste et du passé jihadiste du jeune tueur : "Nous mesurons parfaitement le degré de gravité de cette information et de ce fait." Au nom de tous les musulmans du pays, le leader du Conseil français du culte musulman s’est dit "offensé" que Mohamed Merah puisse "se revendiquer de cette religion, alors que ses actes sont en contradiction avec un fondement (de cette foi) : la sacralité de la vie humaine". Rejoints par les leaders de la communauté juive de France, les deux hauts représentants musulmans ont adjuré l’opinion à ne pas se livrer à des "amalgames". Entre ce tueur et "les 99,99 % des Français musulmans qui ont une pratique (de leur religion) pacifique, citoyenne et parfaitement intégrée".

Nicolas Sarkozy ainsi que tous les autres candidats à la présidentielle, de même que tous les partis, ont, pareillement, appelé solennellement les Français à éviter "les dérapages assimilant le terrorisme, l’islam et les Français musulmans". Le Grand rabbin de France a dit ne pas croire "à des frictions communautaires" qui dériveraient de ces amalgames. Mais l’imam de la mosquée de Drancy (banlieue de Paris), lui, a jugé que les tueries de Toulouse et Montauban étaient "le 11 Septembre des musulmans de France".