L'histoire de la Tunisienne violée et menacée d'être inculpée pour "atteinte à la pudeur" est une "affaire d'Etat" et place les autorités dans une situation "très embarrassante", a déclaré vendredi le secrétaire d'Etat tunisien chargé des Affaires européennes, Touhami Abdouli.

"Il y a deux affaires d'Etat en ce moment en Tunisie: le salafisme et le dossier de la femme violée", a estimé M. Abdouli, de passage à Paris dans le cadre d'une tournée européenne visant à "rassurer" les partenaires de la Tunisie sur l'évolution de ce pays.

La jeune femme violée est accusée par ses agresseurs présumés, des policiers, d'avoir été surprise en "position immorale" avec son ami dans une voiture. Elle a été entendue mardi par un juge d'instruction de Tunis qui doit décider de l'inculper ou non d'"atteinte à la pudeur", une affaire qui suscite un tollé depuis une semaine.

"La femme violée est poursuivie en vertu d'une loi de 2004 adoptée sous Ben Ali", a rappelé M. Abdouli lors d'une rencontre avec la presse. "C'est une affaire d'Etat, une situation très embarrassante, mais que peut-on faire pour surmonter la justice?", s'est interrogé le ministre tunisien, qui appartient au parti de gauche Ettakatol, membre de la troïka qui dirige la Tunisie.

"Il faut mettre sur la table les incohérences" de la loi, a-t-il jugé, renvoyant cependant la balle aux élus de l'Assemblée constituante chargés de rédiger la future Constitution tunisienne.

Evoquant le dossier du salafisme, M. Abdouli a jugé qu'il s'agissait d'un "danger national et international".

"Les salafistes n'ont pas le choix. Ils respectent la loi, sinon, ils n'ont aucune place dans la société tunisienne", a-t-il martelé, alors que le gouvernement tunisien dominé par les islamistes d'Ennahda est accusé de complaisance envers son aile d'extrême-droite.