International

L'Ukraine a étendu dimanche son offensive militaire "antiterroriste" à d'autres villes rebelles pro-russes en réponse à la prolifération des violences dans l'Est, tandis qu'Odessa et le reste du pays en étaient au deuxième jour de "deuil national" pour l'incendie tragique de vendredi.

Plus de 2.000 pro-russes déchaînés ont pris d'assaut dimanche le siège de la police à Odessa (sud de l'Ukraine), et ont obtenu, en tambourinant avec des gourdins contre des portails de fer, la libération de leurs prisonniers capturés lors des heurts le 2 mai, a constaté l'AFP.

Une foule hostile portant drapeaux et icônes orthodoxe s'est d'abord massée dans la rue Preobrajenska, face à l'entrée du siège de police de la ville. De jeunes gens sont arrivés au volant d'un camion et s'en sont servis comme d'un bélier pour enfoncer un premier portail de fer, donnant sur la rue.

Une foule hurlante et brandissant des gourdins improvisés s'est ruée à l'intérieur, cassant les vitres et les pare-brise des voitures et camions de police, tapant aux portes de blindés protégeant, à l'intérieur de l'enceinte, les locaux de police.

Pendant de longues minutes, ils ont crié et réclamé la libération de leurs camarades arrêtés vendredi lors des heurts qui ont opposé des pro-russes à des supporteurs de football et des partisans d'une Ukraine unie dans le centre-ville.

Ces violences ont entraîné l'incendie criminel du bâtiment des syndicats, dans lequel ont péri une quarantaine de personnes, principalement des pro-russes.

La porte de fer s'est ouverte, un policier à casquette blanc de peur en est sorti et a annoncé, salué par un grondement de plaisir de la foule, que les prisonniers allaient être relâchés.

Peu après le premier jeune homme sort, hilare, poing levé, embrassé par ses amis, porté en triomphe. "Bien joué ! Bien joué ! Héros ! Héros !", crie la foule. En quelque minutes, une douzaine de prisonniers sont élargis sous les vivats, passant entre deux rangées de pro-russes triomphants pour regagner la rue où les attendent d'autres manifestants, aux cris de "Liberté ! Liberté !"

Sous une pluie battante, alors que la cour intérieure étaient peu à peu évacuée, ils étaient en fin d'après-midi encore deux mille dans la rue, entourés de policiers en tenue anti-émeute bloquant les carrefours alentour.

Selon la police locale, 67 personnes arrêtées après les violences de vendredi ont été relâchées après cet assaut, soit la moitié des suspects arrêtés.

L'offensive continue vers d'autres villes rebelles

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk est, selon ses services, attendu dans la journée à Odessa, où une quarantaine de personnes, pour la plupart des militants pro-russes, sont mortes dans le dramatique incendie de vendredi.

Lougansk, Donetsk, Marioupol, Kostiantynivka... la nuit de samedi à dimanche s'est déroulée sous haute tension dans une série de villes de la province minière orientale du Donbass, frontalière de la Russie, qui regroupe les régions de Lougansk et Donetsk.

Au lendemain de la libération des observateurs de l'OSCE détenus à Slaviansk, les autorités ukrainiennes semblent décidées à intervenir dans les autres bastions des rebelles pro-russes.

Après "l'opération à Slaviansk et Kramatorsk (lancée vendredi matin, ndlr), nous allons mener une phase active de l'opération dans d'autres villes" contrôlées par les séparatistes, avait prévenu vendredi soir le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Andriï Paroubiï.

De fait, près de Kostiantynivka, à environ 50 km au nord de Donetsk, un checkpoint tenu jusqu'à samedi par des insurgés armés et masqués était désert et réduit dimanche matin à l'état de cendres fumantes, a constaté l'AFP.

L'armée ukrainienne a détruit plusieurs points de contrôle près de la tour de télévision lors de combats au cours de la nuit, a affirmé un homme derrière une barricade. Dans le centre ville, où des habitants ont érigé des barricades de fortune, la mairie était cependant toujours tenue par les pro-russes.

A Lougansk, des insurgés armés pro-russes ont donné l'assaut samedi soir contre une unité militaire et un point de recrutement, blessant deux soldats ukrainiens, selon le ministère de l'Intérieur. Peu auparavant, le gouverneur séparatiste autoproclamé de cette ville, Valeri Bolotov, avait décrété un couvre-feu et la "mobilisation totale de tous les hommes".

A Kharkiv, un tribunal a interdit pour des raisons de sécurité les manifestations pro-russe et pro-unité de l'Ukraine prévues dimanche, a annoncé la mairie. Dans le bastion rebelle de Slaviansk, en revanche, tout semblait relativement calme dimanche matin, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'équipe de 12 observateurs de l'OSCE qui y était retenue depuis huit jours a été relâchée samedi, au grand soulagement des Occidentaux.

De retour en Allemagne, ses sept membres étrangers ont dépeint des conditions de détention très éprouvantes, notamment en raison des combats à proximité, mais pas de mauvais traitements.

"Imaginez-vous qu'hier soir (vendredi) nous étions encore au milieu des échanges de coups de feu (et ce soir) nous avons revu nos familles, nous n'aurions jamais cru cela possible", a déclaré à son arrivée à Berlin le colonel allemand Axel Schneider, chef de la mission, visiblement ému.

A Odessa, toujours sous le choc du dramatique incendie qui a coûté la vie à une quarantaine de personnes vendredi soir, une nouvelle manifestation en faveur de l'unité de l'Ukraine était prévue en milieu de journée.

Le Premier ministre Iatseniouk est attendu dans cette ville portuaire du sud, où il doit rencontrer les responsables locaux. Les violences d'Odessa feront l'objet "d'une enquête complète et indépendante", a-t-il déclaré à la BBC.

Des témoins à Odessa ont raconté à l'AFP le déroulement du drame de vendredi: l'incendie, selon eux, est le fruit d'une vengeance de milliers de supporteurs de football et de manifestants pro-Ukraine, furieux d'avoir été violemment attaqués plus tôt dans la journée par des militants pro-russes.

Une foule en colère a envahi et détruit un camp de tentes pro-russes en ville, avant d'assiéger la Maison des Syndicats, où s'étaient réfugiés les militants. Le bâtiment a été incendié à coups de cocktails molotov, prenant au piège des dizaines de personnes.

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont pour leur part affirmé samedi que les violences avaient été "coordonnées par des groupes de sabotage depuis la Russie".

Vendredi a été la pire journée de violences pour l'Ukraine depuis le 21 février, lorsque les forces de l'ordre avaient ouvert le feu sur les manifestants pro-européens du Maïdan à Kiev, tuant plusieurs dizaines de personnes.

Au moins une cinquantaine de personnes ont perdu la vie. Le président ukrainien Olexandre Tourtchinov a décrété un deuil national de deux jours (samedi et dimanche).

La Russie, que les Occidentaux et Kiev accusent de téléguider en sous-main les troubles dans l'Est, avait jugé samedi "pour le moins absurde de parler d'élections" en Ukraine dans le contexte actuel de violences, alors qu'un scrutin présidentiel anticipée est prévu le 25 mai pour élire le successeur de M. Ianoukovitch.

Pour M. Iatseniouk, la Russie et les mouvements pro-russes mènent une "véritable guerre (...) pour éliminer l'Ukraine et l'indépendance de l'Ukraine".