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Un avion de transport militaire ukrainien a été abattu samedi par des séparatistes prorusses, faisant 49 morts dans cette attaque qui met à mal l'espoir d'une détente né ces derniers jours après de premiers contacts entre Kiev et Moscou pour une désescalade.

Cette attaque, la plus meurtrière dans les rangs ukrainiens depuis le lancement voici deux mois d'une opération "antiterroriste" de Kiev dans l'Est rebelle, s'est produite peu avant une rencontre attendue samedi à Kiev entre Ukrainiens et Russes pour relancer les négociations sur le gaz, autre volet du bras de fer entre les deux pays.

Alors que plane la menace d'une coupure dès lundi de gaz russe, redoutée par les Européens, la Russie a donné son "accord préliminaire" pour relancer les négociations samedi à Kiev, a déclaré à l'AFP le ministre ukrainien de l'Energie, Iouri Prodan. Le géant russe Gazprom a repoussé à lundi son ultimatum à l'Ukraine sur le remboursement de sa dette gazière de 1,95 milliard de dollars. Faute de remboursement, Moscou a prévenu qu'elle passerait à un système de pré-paiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement.

L'attaque à l'aube à Lougansk, bastion de l'insurrection prorusse dans l'Est, survient alors que le nouveau président ukrainien Petro Porochenko et son homologue russe Vladimir Poutine se sont parlé cette semaine pour tenter d'endiguer les violences, qui ont fait plus de 300 morts depuis avril.

L'Union européenne a exprimé samedi son soutien aux efforts de désescalade du président pro-occidental Porochenko, investi voici une semaine. "Le président Porochenko sait qu'il peut compter sur notre soutien", a déclaré le secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjorn Jagland, se disant "choqué et profondément préoccupé" par l'attaque contre l'avion ukrainien.

Un porte-parole militaire ukrainien, Vladislav Selezniov, a annoncé à l'AFP que toutes les personnes à bord de l'avion IL-76 de l'armée, dont neuf membres d'équipage et 40 parachutistes, avaient péri dans l'attaque survenue à 01H00 du matin (22H00 GMT vendredi). L'attaque a été revendiquée par un porte-parole des insurgés à Lougansk affirmant, selon l'agence Ria Novosti, que l'avion a été touché par un missile sol-air et qu'il est tombé dans "la zone de l'aéroport".

Des images d'une caméra de vidéo-surveillance de l'aéroport montrent un bref éclair dans le ciel au moment où l'avion est touché. 30 secondes plus tard, un intense rougeoiement embrase l'horizon, au moment où l'appareil explose à l'approche de l'aéroport. "Les terroristes ont tiré cyniquement et traîtreusement" sur l'avion "qui transportait des troupes en rotation et était sur le point d'atterrir à l'aéroport de Lougansk", a indiqué de son côté le ministère de la Défense, évoquant les tirs "d'une mitrailleuse lourde".

Les Etats-Unis ont affirmé vendredi que la Russie avait fourni aux insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine des chars et des lance-roquettes, du matériel qui a franchi ces derniers jours la frontière entre les deux pays. Si "la Russie ne parvient pas à faire baisser la tension, il y aura un prix supplémentaire" à payer, a prévenu vendredi la porte-parole du département d'Etat américain, Marie Harf. Washington utilise depuis des mois cette formule en référence aux sanctions prises contre Moscou pour ses agissements en Ukraine.

Selon un photographe de l'AFP à Lougansk, ville de 500.000 habitants proche de la frontière avec la Russie, on pouvait entendre samedi à l'aube dans le centre-ville de fortes explosions. Des avions et hélicoptères de l'armée ukrainienne ont effectué dans la nuit des frappes contre les barrages séparatistes. L'aéroport international de Lougansk avait déjà été le théâtre la semaine dernière d'une attaque séparatiste qui a été repoussée par les forces ukrainiennes.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, s'est déclaré préoccupé par les informations selon lesquelles les groupes prorusses en Ukraine s'équipaient d'"armes lourdes en provenance de Russie, y compris des tanks". "Si ces informations étaient confirmées, cela marquerait une sérieuse escalade de la crise dans l'est de l'Ukraine", a-t-il ajouté.

De son côté, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a demandé à la Russie d'entamer un processus de désescalade, d'aider à désarmer les rebelles prorusses et stopper le flot d'armes et de combattants entrant en Ukraine, dans un entretien téléphonique vendredi avec Vladimir Poutine.

La présidence ukrainienne avait affirmé jeudi que des "rebelles dans l'Est" avaient "utilisé pour la première fois des chars" ayant "fait incursion depuis la Russie". Kiev et les Occidentaux ne cessent d'accuser Moscou d'agir en sous-main pour soutenir l'insurrection armée en Ukraine en lui envoyant des armes.