Le deuxième débat était certes plus animé, mais était-il plus intéressant ? Pas certain. Si la première rencontre n'avait pas fait beaucoup d'émules, les candidats s'en sont donné à cœur joie ce jeudi dans la salle Walgram à Paris.

Avec un Nicolas Sarkozy, cible de ses anciens ministres, un Jean-François Copé qui n'en rate pas une, et un Bruno Le Maire avançant des faits erronés, le débat a été mouvementé. Si les sujets de fond ont été abordés, c'est plutôt sur la forme que les candidats se sont démarqués à coup de punchlines à leurs adversaires.

Alain Juppé, annoncé comme favori par les sondages, a fait son boulot, mais n'a pas brillé lors de cette rencontre. Calme et prudent, le maire de Bordeaux ne s'est pas laissé démonter par les critiques de ses adversaires. Il a néanmoins défendu sa position lorsque la question du soutien de François Bayrou est arrivée sur le tapis. Il a assuré être « surpris de cette fixation sur François Bayrou » et a affirmé que s'il était élu il nommerait un Premier ministre issu du parti les Républicains, excluant donc le maire de Pau. "Je veux rassembler la droite, le centre, les déçus du hollandisme (...) ainsi que les déçus du Front national" a-t-il conclu sur cette question. Visé par le sujet du mandat unique, le candidat a rétorqué que cette position lui permettrait de ne pas avoir l’œil fixé sur les sondages et de ne pas être soucieux de se faire réélire en surveillant sa popularité. Un clin d'oeil à Nicolas Sarkozy qui a commandé plus de 300 sondages, pour 9,4 millions d'euros, lorsqu'il était aux commandes de l'Elysée.

L'ancien chef de l'État a, pour sa part, largement défendu son quinquennat et son expérience de la fonction présidentielle. « J’ai été président, je sais la solitude quand il faut prendre des décisions terribles […] Ce sont des choses que je connais, cela demande beaucoup de temps et de précision» a-t-il clamé. Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à distribuer des sourires arrogants et les répliques cinglantes. À la critique de Bruno Le Maire lui rappelant qu'il avait affirmé qu'il ne se représenterait pas s'il perdait en 2012 face à François Hollande, l'ex-président des Républicains a rappelé que le maire de Leurre avait lui-même été battu à la présidence de l'UMP. « Commence d'abord par essayer d'être élu, tu verras que c'est très difficile » a-t-il ajouté. Jean-François Copé, qui avait souligné l'échec des accords du Touquet, n'a pas non plus été épargné par les remarques de Nicolas Sarkozy. « Tout le monde n'est pas obligé de connaître exactement le dossier », a répondu l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine en soulignant une erreur factuelle.


François Fillon, désigné par Europe 1 comme le gagnant du débat, est resté égal à lui-même. Critiquant les vingt minutes consacrées au dossier Bayrou, l'ancien Premier ministre s'est emporté : « Je ne rentre pas dans ce pugilat alors que nous avons 4 millions de chômeurs, la menace terroriste. Je passe un contrat avec les Français, pas avec Bayrou. ». Il est par ailleurs resté fidèle à Nicolas Sarkozy, en se gardant de l'attaquer, contrairement de ses concurrents. « Je ne regrette pas des décisions qui ont été prises [lorsque j'étais le Premier Ministre de Nicolas Sarkozy] parce qu'elles étaient nécessaires » a-t-il d'ailleurs ajouté. Comme toujours, François Fillon est resté droit dans ses bottes, regrettant néanmoins de ne pas avoir pu s'étendre plus longuement sur les propositons de son programme.

Bruno Le Maire s'est quant à lui montré plus incisif et plus direct que lors du premier débat, qu'il a reconnu avoir raté. S'il a mis un point d'honneur à défendre sa position concernant la fin du collège unique, contrairement à NKM, il s'est plutôt illustré par ses erreurs et ses attaques que par le contenu de son programme. « Ce serait plus crédible si [Nicolas Sarkozy ] n'avait pas fait l'ouverture à des ministres de gauche en 2007», a-t-il asséné, critiquant l'obsession de l'ancien chef de l'Etat pour François Bayrou. Il s'est ensuite emmêlé les pinceaux en évoquant l'envoi de troupes au sol en Libye, alors que les troupes françaises n'y ont jamais mis les pieds. Un deuxième débat raté pour celui que les sondages placent désormais quatrième, derrière Juppé, Sarkozy et Fillon.

Nathalie Koscuisko-Morizet a probablement été la surprise de la soirée. Plutôt stressée et en retrait lors du premier débat, elle a cette fois fait entendre sa voix face à ses concurrents masculins. Elle s'est fait une joie d'interpeler Nicolas Sarkozy, dont elle a été la ministre de l'Environnement, sur le Grenelle, dénoncant ses propos climatosceptiques. Ce à quoi a répondu l'ancien chef de l'État : « Je ne regrette pas de t’avoir nommée au gouvernement, même si je ne suis pas sûr de le refaire », et elle de répondre qu'il n'en aurait pas l'occasion. La députée de l'Essonne s'est démontrée résolument féministe durant le débat, dénoncant, si pas la parité, au moins le manque de mixité en politique. Elle a également défendu le Front Républicain contre le Front National, soutien qu'elle reproche d'ailleurs à Jean-Frédéric Poisson qui avait affirmé être plus proche des idées de Marion Maréchal-Le Pen que des siennes. « Être présidente, ce n'est pas gesticuler en fonction de l'actualité. » finit-elle par conclure, à l'attention de Nicolas Sarkozy.


Jean-François Copé, quant à lui, n'en rate décidément pas une. Après avoir fait un lapsus entre François Bayrou et François Baroin, qui avait fait polémique quelques jours plus tôt, le candidat a ensuite affirmé qu'il voulait « un gouvernement avec des ministres de gauche… euh des ministres de droite et du centre ». Après l'affaire des pains au chocolat sur Europe 1, le maire de Meaux, qui aime mettre les pieds dans le plat, n'a de toute façon plus grand chose à perdre. Avec 1 % d'intentions de vote, le Jean-François Copé a décidé de prendre ce débat avec décontraction et dérision. « Les échecs ça forme plus que les victoires, je peux en porter témoignage », a-t-il même affirmé. Il a néanmoins critiqué le déroulement du débat et les sujets qui y ont été abordés. S'il n'a pas fait d'étincelle, il a au moins le mérite d'avoir apporté un peu de légerté dans des échanges tendus.


Jean-Frédéric Poisson est apparu pour ce qu’il est : «le candidat le plus à droite de cette primaire», comme il s’était lui-même qualifié. Si lors du premier débat, l'intervention du Président du parti social démocrate avait été très remarquée, l'intérêt provoqué par l'effet de surprise est vite retombé lors de la deuxième rencontre. En retard sur le temps de parole durant toute l'émission, il a passé plus de temps à interroger ses concurrents sur leurs propositions plutôt qu'à défendre son propre programme. Son rapprochement avec le FN a néanmoins été largement critiqué par NKM. Critiques auxquelles il a répondu en disant qu'il n'avait pas fait le reproche à NKM d'avoir sollicité le parrainage de Monsieur Ménard, maire de Bézier et proche de l'extrême droite.


Si Alain Juppé est désigné par les sondages comme le gagnant du débat auprès des Français, plusieurs candidats sont cependant sortis du lot, même s'ils n'ont pas su rattraper leur retard face au favori de la primaire. Parmi les militants de droite, la prestation de Nicolas Sarkozy est considérée comme étant la meilleure.

La deuxième rencontre a été plus mouvementée que la première, on regrettera néanmoins les nombreuses questions peu pertinentes, ne permettant pas aux candidats de présenter leur programme, alors qu'ils en auraient besoin quand on sait que certains font plus de 1000 pages. Pas facile donc, pour les téléspectateurs, de savoir s'ils votent pour le programme ou pour la répartie de leur futur Président.