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Un diplomate belge partira mardi dans la province chinoise du Xinjiang pour s'assurer de la situation de la famille ouïghoure qui s'était présentée le 28 mai à l'ambassade à Pékin avant d'en être évacuée dans la nuit par la police chinoise. C'est ce qu'a annoncé lundi le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, à l'agence Belga. L'ambassadeur de Belgique rencontrera quant à lui, également mardi, le directeur des Affaires consulaires chinoises afin que Mme Abula et ses quatre enfants mineurs puissent recevoir des passeports. Cette démarche leur permettrait de quitter le pays pour rejoindre leur mari et père Ablimit Tursun, réfugié en Belgique.

Pour rappel, la famille, en danger au Xinjiang, avait demandé la protection de la Belgique en attendant la délivrance des visas de regroupement familial. Invitées à pénétrer dans l'ambassade de Belgique, les forces de l’ordre chinoises avaient emmené les cinq personnes. Ablimit Tursun n’a plus eu de nouvelles directes d’elles depuis deux semaines.

Lundi, le député Georges Dallemagne (CDH), "très alarmé par ces informations extrêmement inquiétantes", a demandé à M. Reynders de prendre d’urgence toutes les initiatives permettant de retrouver cette famille et d’assurer sa sécurité. "Qu’une ambassade belge livre une femme et ses quatre enfants qui venaient demander la protection de la Belgique car ils sont issus d’une minorité persécutée par la Chine, dépasse l’entendement !", a pour sa part déclaré Samuel Cogolati, chercheur en droit international à la KU Leuven et récemment élu Ecolo à la Chambre. "Un tel refoulement constitue à première vue une violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 33 de la Convention de Genève."

Aussi, Amnesty International a-t-il demandé qu’une enquête soit menée au sein des Affaires étrangères afin de faire la lumière sur ces événements. "Compte tenu des renseignements dont disposent les autorités belges en ce qui concerne la situation de la minorité ouïghoure en Chine, nous estimons qu’une grave erreur a été commise. Il devait être évident que cette dénonciation exposait cette famille à de graves dangers", a réagi Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l'organisation de défense des droits de l'homme.

Aujourd'hui, de nombreuses questions se posent encore, ajoute Georges Dallemagne. "Qui a appelé la police ? Pour quels motifs ? Qui a décidé de faire rentrer la police chinoise dans l’enceinte de notre ambassade à Pékin alors qu’elle n’y exerce pas de pouvoir en raison du caractère inviolable de notre représentation diplomatique? Une discussion de plus d’une heure a eu lieu dans l’enceinte de l’ambassade entre des membres de notre représentation et les forces de l’ordre chinois. Qui participait à cet échange et sur quoi portait-il ? Les Affaires étrangères à Bruxelles ont-elles été informées ou consultées avant que cette famille ne soit livrée aux autorités chinoises ?"

Autant de questions qui devront trouver réponses.