Correspondant à Moscou

Ainsi, en dépit des protestations véhémentes de la Serbie et de la Russie, le Kosovo a proclamé son indépendance. Quelques minutes à peine après cet événement, Moscou a demandé la convocation urgente du Conseil de sécurité de l'Onu pour une annulation pure et simple de cette déclaration, sachant pourtant d'avance qu'une telle démarche est parfaitement inutile devant ce fait accompli et a priori irréversible.

Mais peut-on vraiment interpréter l'indépendance proclamée du Kosovo comme une défaite diplomatique ou géopolitique de la Russie ? Rien n'est moins certain à en juger par la jubilation tacite qui règne à Moscou, cachée derrière ses protestations choquées contre "une violation flagrante des principes fondamentaux du droit international". En se penchant sur les perspectives qui s'ouvrent à moyen terme devant la Russie à la suite de l'indépendance kosovare, on comprend que, sans parler du renforcement de ses positions en Serbie, Moscou obtient une liberté de manoeuvre pour la gestion des conflits séparatistes dans l'espace post-soviétique.

D'autres indépendances

Déjà, les consultations la semaine dernière à Moscou de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, avec les leaders de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, qui se considèrent indépendantes de la Géorgie, semblaient indiquer que la Russie pourrait les encourager à suivre sous sa protection l'exemple du Kosovo. Et la Transnistrie, en Moldavie, représenterait à son tour un terrain idéal pour ce genre d'exercice. En tout cas, Sergueï Bagapsh, président de la république autoproclamée d'Abkhazie, se référait dimanche au précédent du Kosovo pour déclarer que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud s'adresseraient dans les jours à venir à la Russie, aux autres pays de la Communauté des Etats indépendants et à l'Onu avec la demande de reconnaître leur indépendance. Or, compte tenu du fait que la majorité écrasante des habitants de ces deux entités sont citoyens de la Russie, c'est là pour le Kremlin un moyen de pression supplémentaire sur la Géorgie mais aussi un excellent prétexte pour renforcer sa présence au Caucase du Sud.

Contrairement à l'opinion répandue qu'une telle politique pourrait raviver les tendances séparatistes en Tchétchénie, Moscou ne risque pas grand-chose dans la mesure où le leader tchétchène Ramzan Kadyrov et l'élite locale jouissent aujourd'hui d'une autonomie plus grande par rapport à celle demandée en son temps par MM. Doudaev ou Maskhadov.

Pourtant, c'est toujours au Caucase du Sud que la Russie et très probablement l'Occident risquent d'être confrontés à un choix difficile, sinon impossible, entre la république autoproclamée du Haut-Karabakh et l'Arménie d'une part et l'Azerbaïdjan et la Turquie d'autre part. En effet, si le Haut-Karabakh dont le calvaire est pratiquement identique à celui du Kosovo emprunte le chemin des Kosovars, une guerre dans la région semble inévitable car, à la différence de la Géorgie trop faible pour se lancer dans une telle aventure, l'Azerbaïdjan soutenu par la Turquie pourrait être tenté de récupérer ce territoire manu militari sachant que la Russie n'oserait pas intervenir dans ce conflit.