Un Européen très impatient

International

Olivier le Bussy

Publié le

Un Européen très impatient
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Pragmatique, dynamique pour ne pas dire hyperactif, et... agaçant. Tel est le profil jusqu'ici dévoilé à ses partenaires par Sarkozy-l'-Européen. Efficace ? Il faudra attendre la fin de l'année et de la présidence française pour se faire une idée définitive sur la question. Réellement europhile ? Difficile à dire. Lorsqu'il était ministre de l'Intérieur et des Finances de Chirac, Sarkozy n'a pas accumulé les jetons de présence aux réunions de ses pairs européens. La donne change lors de son accession à l'Elysée. La France, serine le nouveau président, "est de retour en Europe".

"C'est un président français très atypique en matière européenne", commente Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, qui a consacré un ouvrage à la question (1). "A peine arrivé à l'Elysée, il pose pour la photo officielle avec un drapeau européen à côté du drapeau français. Il invite des contingents armés des vingt-six autres Etats membres au défilé du 14 juillet. Et, au contraire de ses prédécesseurs, il rend une visite à la Commission."

Au début, le style du nouveau venu intrigue : "Je dois me méfier de ce type, il serait capable de me vendre ma cravate", susurre un dirigeant européen.

Les débuts, pourtant, sont tonitruants. Sarkozy vend à ses partenaires l'idée d'un nouveau traité, tantôt qualifié de "mini", tantôt de "simplifié". Et paie de sa personne lors du sommet de juin 2007, aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel, présidente en exercice de l'UE, pour arracher un accord sur les grandes lignes du texte. La Pologne fait de la résistance ? Sarko isole le président Kaczynski et le travaille au corps jusqu'à ce qu'il dise "tak". "Sans le travail de Merkel, il n'y serait pas arrivé. Mais sans Sarko, elle n'y serait pas arrivée non plus", assure Giuliani. Et qu'importe au bout du compte que le traité de Lisbonne n'ait rien de "mini" ni de "simplifié".

Mais il arrive souvent que le Français excède ses partenaires. Sa propension à claquer des bises sur les joues d'Angela Merkel agace la sobre chancelière. Mais moins que ces attaques contre l'indépendance et les choix de la Banque centrale européenne, ou l'euro fort. Moins que quand il sort de son chapeau l'idée d'une Union des pays méditerranéens - d'ailleurs rapidement recadrée. L'exécutif européen voit rouge quand il dédaigne ses critiques sur les errements budgétaires français ou accuse le commissaire au Commerce Mandelson de porter une responsabilité dans le "non" irlandais.

Aux yeux de Sarkozy, l'UE doit devenir plus politique, pour coller au plus près des attentes des citoyens. Il entend qu'elle définisse ses frontières (la Turquie a compris le message) et partant, ce qu'elle est. Qu'elle "protège" ses citoyens face à la mondialisation - même s'il a dit, lundi, que le social "n'est pas une compétence européenne" - et qu'elle soit à même de les défendre contre d'éventuelles agressions. Il peste contre le tempo mesuré des institutions communautaires qui, selon lui, nuit à leur efficacité.

Sa personnalité, son peu d'attrait pour la culture du compromis font craindre que la présidence française ne soit marquée du sceau de "l'arrogance". Préparée de longue date, celle-ci se veut d'abord ambitieuse (lire p.2). Le "non" irlandais risque-t-il de contrarier les plans de Sarko ? "Je pense qu'il se pourlèche les babines, ose Giuliani. Parce qu'il est à l'épreuve des faits et que ça le met au coeur du jeu."

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