Le père Paolo Dall’Oglio, supérieur du monastère de Mar Mousa en Syrie, a reçu le 21 novembre un avis d’expulsion des autorités syriennes et craint désormais de devoir quitter ce pays où il n’a pas cessé de plaider pour l’entente entre chrétiens et musulmans. "Depuis mars, j’ai des difficultés et, aujourd’hui, il semble que les autorités aient décidé que ce serait mieux que le père Paolo ne reste pas en Syrie", a indiqué le père sur Radio Vatican. Damas voudrait que ce soit l’évêque syro-catholique de Homs qui prenne lui-même la décision. "Cela a été présenté comme une exigence à l’évêque", a-t-il dit à Radio Vatican.

Prenant le contre-pied des chrétiens qui s’alignent sur le régime de Bachar el Assad, par peur du salafisme, le jésuite italien continue à plaider pour la réconciliation dans un "Appel de Noël 2011" qu’il a publié le 25 novembre. Et il faut lire entre les lignes un désaccord en profondeur avec la Mère Agnès-Mariam de la Croix, la supérieure d’un autre monastère situé à trente kilomètres de là, qui a pris parti pour une réforme du régime plutôt que pour une révolution. "Notre pays est en danger , écrit le père Paolo. Certains d’entre nous ont pris parti pour un côté, d’autres se sont alignés diversement. Demandons-nous quel est le devoir de la communauté obéissant à l’Evangile ?"

Dans ce texte de Noël, le supérieur appelle les chrétiens de Syrie à rester solidaires avec leurs voisins et à ne pas faire de discriminations entre un voisin et un autre. "Et sachons bien qu’en cas de danger, notre seule protection viendra de ce même voisin, avec qui nous avons rompu le pain des joies et des peines" , ajoute-t-il.

Pour le père Paolo, dont le monastère est construit à flanc de falaise, et qu’il a lui-même restauré depuis 1992, "c’est la peur qui nous a dominés par le passé et jusqu’à aujourd’hui, conduisant certains d’entre nous à soutenir une politique de répression des libertés, de refus du changement, de crispation sur un passé révolu. Est-ce bien là la voie du salut et de la vérité ?"

Le monastère de Mar Mousa date du VIe siècle. Une dizaine de religieux et religieuses y vivent et y accueillent les visiteurs, touristes ou fidèles.

Ch. Ly.