Analyse

Les caucus de mardi dans l’Iowa ont réussi à surprendre jusqu’à ceux qui avaient envisagé les cas de figure les plus surprenants. Jamais, en effet, deux candidats ne sont arrivés quasiment ex aequo en tête d’une consultation qui lance traditionnellement la course à la présidence des Etats-Unis. Et, si Mitt Romney était effectivement donné favori, si Rick Santorum avait terminé en force une campagne jusque-là insignifiante, si d’autres candidats conservateurs avaient disparu de l’écran radar après avoir dérapé ou trébuché, on n’était pas pour autant préparé à voir un Etat en partie dominé par les Eglises évangéliques protestantes consacrer un mormon et un catholique.

Huit voix seulement séparent Mitt Romney de Rick Santorum, sur un total de plus de 122 000 suffrages exprimés mardi soir. Autant dire que la victoire du premier est relative et symbolique. Elle n’en est pas moins importante dans la mesure où l’ancien gouverneur du Massachusetts a fini par triompher là où il avait échoué en 2008, quand il brigua une première fois l’investiture du Parti républicain. Il a réussi à convaincre les électeurs d’un Etat rural, conservateur et chrétien qu’un diplômé de Stanford et Harvard, libéral (au sens où l’entendent les Américains) et mormon pouvait être leur candidat pour battre Barack Obama, redresser l’économie nationale et présider aux destinées de la seule superpuissance mondiale.

C’est de bon augure pour cet homme réputé anxieux et dont les amis disent qu’à 64 ans, il doute toujours de lui-même - l’exact contraire, à cet égard, de George W. Bush, qui étudia à Harvard à la même époque que lui sans que les deux hommes se fréquentent (Romney, déjà marié et père de deux enfants, menait une vie estudiantine plutôt rangée). La cause est, cependant, loin d’être entendue.

Mitt Romney a remporté 25 % des suffrages dans l’Iowa, un score qui correspond significativement à sa performance moyenne dans la plupart des sondages réalisés depuis le lancement de la campagne présidentielle. Perçu comme un "modéré" (sur l’échelle des Républicains), coupable d’avoir pris, quand il gouvernait le Massachusetts, des mesures dignes de Barack Obama (par exemple son programme d’assurance-maladie), vu avec une compréhensible suspicion dès lors qu’il promet de mener une politique radicalement différente s’il est élu à la Maison-Blanche, Romney peut-il élargir sa base ?

L’entreprise sera assurément facilitée si le champ s’éclaircit. Derrière Romney et Santorum et leurs 25 % chacun, seul Ron Paul a fait bonne figure avec 21 % des voix. Le député atypique du Texas peut donc continuer, à 76 ans, à brouiller les cartes. Pour les autres, la question de maintenir des candidatures qui ont recueilli 13 % (Newt Gingrich), 10 % (Rick Perry), 5 % (Michele Bachmann) et 1 % (Jon Huntsman, qui n’avait toutefois pas fait campagne dans l’Iowa) va de soi. Mme Bachmann a jeté l’éponge mercredi et M. Perry a dit vouloir réfléchir sur l’opportunité de continuer. Les autres candidats attendront sans doute les enseignements du tour suivant, au New Hampshire, mardi prochain. Une partie de l’électorat pourrait donc bientôt se reporter sur Mitt Romney. Ou sur Rick Santorum

Loin de démontrer que la religion n’importe plus autant que jadis aux yeux de l’électorat républicain, le triomphe d’un catholique dans l’Iowa suggère, en effet, que cet électorat est prêt à transcender les clivages confessionnels du moment qu’un prétendant clame son attachement aux valeurs chrétiennes traditionnelles. C’est cette profession de foi déclinée dans tous les comtés de l’Etat qui a permis à Rick Santorum d’émerger dans l’Iowa. La recette pourrait lui valoir d’autres victoires dans le "Bible Belt".

Fils d’un autre George W., George W. Romney, qui fut gouverneur du Michigan, ministre du Logement sous Nixon et une forte personnalité du Parti républicain, Mitt Romney peut se réclamer d’une grande tradition politique, tout en se prévalant d’une brillante carrière dans la finance pour se distancier du monde politicien de Washington si décrié par les Républicains. Multimillionnaire, il a les reins assez solides pour tenir la longueur, et son expérience d’hommes d’affaires en fait un présidentiable capable d’affronter la tourmente économique. Mais tout cela suffira-t-il ?