Européens et Africains devaient adopter dimanche les principes d'un partenariat "d'égal à égal" et ouvrir une nouvelle page de leurs relations, au second jour d'un sommet à Lisbonne où les deux continents n'ont pas hésité à assumer publiquement leurs désaccords.

Ces divergences ont principalement porté sur les négociations commerciales en cours entre les deux continents, sur le passif colonial, ou encore le président zimbabwéen Robert Mugabe, dont la présence a entraîné le boycott de la réunion par le Premier ministre britannique Gordon Brown. "C'est un sommet où on se dit les choses. C'est un sommet de rupture qui donne un nouveau départ aux relations entre l'Afrique et l'Europe", a déclaré le Commissaire européen au Développement, Louis Michel, peu avant l'ouverture des travaux de cette seconde journée.

Une appréciation partagée par le Premier ministre portugais, président en exercice de l'Union européenne (UE), José Socrates. "C'est une réunion qui a montré une relation mûre et ouverte", a-t-il estimé.

Cette nouvelle page entre l'Europe et l'Afrique doit être consacrée dimanche par l'adoption par les chefs d'Etat et de gouvernement - 66 étaient présents à Lisbonne - d'une "stratégie conjointe". Elle doit être accompagnée d'un plan d'action définissant huit partenariats prioritaires à mettre en oeuvre dans les trois ans, avant un prochain sommet, théoriquement prévu en 2010 en Afrique.

Alors que l'Europe reste le premier partenaire commercial de l'Afrique, elle subit de plein fouet la concurrence de puissances émergentes, la Chine en tête, qui s'y approvisionnent en pétrole et autres richesses minières dont regorge le continent noir.

Près d'un demi-siècle après les indépendances, les relations entre l'Afrique et l'Europe sont bien plus complexes, voire sensibles, que celles nouées avec ces nouveaux partenaires, et les contentieux n'ont pas manqué d'apparaître au premier jour du sommet.

La chancelière allemande Angela Merkel a tenu un discours très ferme sur Robert Mugabe, dont le régime est soumis à des sanctions depuis 2002 pour violations des droits de l'Homme. "La situation actuelle du Zimbabwe nuit à l'image de la nouvelle Afrique", a-t-elle lancé. Les dirigeants africains, qui avaient fait de la présence de Mugabe au sommet une question de principe, ont eux continué de faire corps autour du vétéran du continent africain.

A son arrivée dimanche au centre de conférences, M. Mugabe a lui brandi son poing vers le ciel devant les caméras, en signe de détermination.

Le passif colonial a été un autre sujet sensible évoqué d'emblée. Dans une intervention très remarquée, le président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré a exigé un "devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l'apartheid, du génocide rwandais". "Non pas pour un quelconque chantage ou repentance dans un sens d'humiliation mais pour ouvrir (...) les voies de l'avenir", a-t-il insisté.

De son côté, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi appelait les Européens à rembourser les ressources "volées" lors de la colonisation ou alors à se tenir prêts à accueillir les migrants africains chez eux. "Ce n'est pas à l'ordre du jour. Je laisse à M. Kadhafi sa créativité", a répondu M. Michel.

La question épineuse des accords de partenariat économique a occupé une grande partie des discours, M. Konaré dénonçant le "forcing" des Européens dans les négociations avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Nombre de pays africains craignent que ces accords, qui prévoient l'abaissement progressif des tarifs douaniers sur les importations de produits européens, ne fragilisent encore leurs économies.

Sur le Darfour, les Européens ont enfin demandé au président soudanais Omar el-Béchir qu'il facilite le déploiement de la force de paix ONU-UA dont il refuse la composition proposée par les Nations unies.

De leur côté, les Africains ont demandé aux Occidentaux de fournir les 24 hélicoptères qui manquent toujours à l'appel.