ENTRETIEN

On ne parle plus du traité constitutionnel. Le débat pourra-t-il être réanimé après l'été?

Je ne pense pas que le soleil ait beaucoup influencé ce débat, non. Il est toutefois positif que le traité constitutionnel ait été adopté par référendum au Luxembourg. Psychologiquement, c'est important, même si cela ne sauve pas le texte. Moi, je constate qu'au sein du Conseil des ministres des Affaires étrangères, on continue à se comporter comme si la constitution était adoptée.

Deuxième constat: je ne vois pas d'alternative. Si on veut faire quelque chose à l'intérieur des institutions dans les années à venir, ce sera la constitution. Je ne vois pas comment on pourrait recommencer cette discussion. Et le vote négatif des gens a peu à voir avec le contenu de cet accord. Suivons l'adage français: il faut laisser le temps au temps.

Un nouveau référendum pourrait-il avoir lieu en France sur le même texte?

Oui. Les contextes changent. Tout change dans la vie. Mais bien sûr pas avant les élections présidentielles en France et législatives aux Pays-Bas.

Un changement de gouvernement en Allemagne ne changerait rien pour les négociations avec la Turquie?

L'essentiel, c'est qu'un changement de gouvernement en Allemagne ne change rien à son point de vue européen.

Pendant la campagne, certaines déclarations ont été en rupture avec la position traditionnelle pro-européenne de l'Allemagne, en ce qui concerne la revendication d'un siège allemand au Conseil de sécurité des Nations unies ou l'adhésion de la Turquie...

Il faut toujours distinguer ce que l'on dit pendant une campagne électorale et ce que l'on fait après. Il est clair qu'un candidat au poste de chancelier ne fera pas campagne sur le choix privilégié d'un siège européen au Conseil de sécurité des Nations unies, en ce qui concerne M. Schröder, ou sur l'adhésion de la Turquie, dans le cas de Mme Merkel.

La France demande à la Turquie des clarifications pour la reconnaissance de Chypre...

Nous avons pris une décision à l'unanimité au Conseil européen. Une part du deal était alors que la signature du protocole élargissant l'accord douanier n'impliquait pas la reconnaissance de la République de Chypre. Je peux difficilement m'imaginer, et je présume que les dirigeants turcs pensent de même, que l'adhésion puisse avoir lieu sans reconnaissance de Chypre. Mais il n'est pas correct de dire que cette reconnaissance constituait un préalable à l'ouverture des négociations. A mes yeux, le problème le plus délicat sera le lien entre la Turquie et la Croatie. Certains Etats membres vont affirmer qu'on ne peut entamer les discussions avec la Turquie sans les entamer avec la Croatie.

Quel est votre avis?

Je ne pense pas qu'il y ait un lien entre les deux. Le dossier croate dépend du degré de collaboration avec le Tribunal pénal international. La Croatie a fait quelques pas pour résoudre ce problème, mais il faut attendre ce que cela signifie concrètement. Tout dépendra du rapport que Carla Del Ponte remettra fin septembre. S'il était encore négatif, la Croatie risque de sérieux problèmes.

Pensez-vous que la présidence britannique puisse obtenir un accord sur les perspectives financières 2007-2013?

C'est la question. Si les Britanniques arrivent à un accord sur les perspectives financières, il se situera très près de la proposition finale qui avait été faite lors du Conseil européen. S'ils veulent repartir d'une autre approche, il n'y aura certainement pas d'accord avant la fin de l'année. Ils doivent donc s'inspirer de ce qui a été fait.

Ils s'étaient eux-mêmes opposés à ces propositions...

La seule différence, c'est qu'ils occupent la présidence. On verra qu'elle influence cela aura sur leur comportement. Mais la marge de manoeuvre est étroite.

Cela passera-t-il par une concession britannique sur le rabais?

C'est plus facile quand on a la présidence. Mais cela ne se fera qu'au tout dernier moment.

© La Libre Belgique 2005