La Roumanie et la Bulgarie peuvent sortir le champagne: le 1 éme rjanvier 2007, elles deviendront vraisemblablement membres de l'Union européenne. La Commission s'apprête, en effet, à leur confirmer cette perspective, mardi à Strasbourg, en maintenant la pression toutefois, pour mieux les forcer à poursuivre les réformes.

Les commissaires, qui ne font pas tous preuve du même enthousiasme que le responsable du dossier Olli Rehn, avaient trois options à analyser. «Une possibilité est de leur dire que tout est parfait et qu'ils peuvent venir en 2007, expliquait ce week-end le président Barroso à la BBC. Une autre est de leur dire: «Vous n'avez pas fait vos devoirs correctement, vous ne pouvez plus venir qu'en 2008 », et il y a une troisième possibilité, consistant à leur dire: «OK, vous pouvez toujours venir le 1 éme rjanvier 2007, mais d'abord vous devez faire ça, ça et ça».»

C'est donc cette troisième piste que les commissaires privilégient et devraient proposer pour décision aux chefs d'Etat et de gouvernement. L'idée est d'envoyer un signal positif à la Bulgarie et la Roumanie qui, à défaut de se révéler irréprochables, ont accompli d'énormes progrès, sans pour autant donner l'impression à une opinion publique européenne réticente que les élargissements ne sont pas contrôlés. Il s'agit en même temps de maintenir la pression jusqu'au bout sur Sofia et Bucarest, où la Commission identifie encore respectivement six et quatre gros points noirs. Les lacunes dans la lutte contre la corruption, le crime organisé et le blanchiment d'argent, par exemple, constituent des obstacles majeurs à l'adhésion de la Bulgarie, où «les inculpations, les poursuites, les jugements, les procès, les condamnations et les sanctions dissuasives restent rares» pour les cols blancs, selon la Commission.

Pour satisfaire l'Union, les deux pays doivent également enregistrer des progrès en matière de sécurité alimentaire, améliorer le contrôle des frontières (dont une partie deviendra la frontière extérieure de l'UE), continuer leurs efforts pour mettre fin au trafic d'êtres humains et aux discriminations à l'encontre de certaines minorités, surtout tsiganes. Ils doivent aussi encore se montrer capables de gérer l'octroi de subventions agricoles et régionales, au risque de ne pas percevoir un euro après leur adhésion. La même philosophie avait prévalu pour l'élargissement précédent.

Rendez-vous cet automne

Cet automne, donc, la Commission divulguera son évaluation finale à la lumière des dernières réformes bulgares et roumaines. Mais à trois mois de l'élargissement, personne n'imagine un report qui se révélerait politiquement délicat. D'autant qu'il sera toujours possible d'activer des mesures de sauvegarde en cas de perturbation ou de danger pour les autres pays membres.

Si les deux adhérents ne remédient pas aux manques identifiés, les acteurs économiques, les citoyens lésés ou la Commission auront la possibilité de saisir la justice. L'Exécutif pourra également décider de faire respecter les règles de concurrence, de bloquer l'octroi de subventions européennes ou d'interdire la vente et l'importation de nourriture de certaines régions. En dernier ressort, la Commission pourrait aussi activer des clauses de sauvegarde permettant, entre autres, d'exclure un Etat, ses citoyens ou ses entreprises d'une partie du marché unique.

© La Libre Belgique 2006