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Le gouvernement va concentrer sa réflexion sur un renforcement de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (MONUC) après avoir constaté l'impossibilité d'organiser une force intérimaire européenne dans l'est de ce pays, a affirmé mercredi le ministre de la Défense, Pieter De Crem.

"On retombe dans la logique du renforcement de la MONUC", a-t-il déclaré lors de l'émission Matin Première de la RTBF-radio, ajoutant qu'un conseil des ministres restreint se tiendrait dans la matinée à Bruxelles.

M. De Crem (CD&V) a, tout comme son collègue des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open Vld), mardi soir, constaté qu'il était actuellement impossible d'envoyer une mission européenne dans l'est de la RDC, en proie depuis plus de trois mois à des combats entre l'armée gouvernementale et la rébellion du général tutsi Laurent Nkunda. Des centaines de milliers de personnes ont été jetées sur les routes et vivent dans des conditions déplorables, à la merci des exactions et des épidémies.

"La Belgique était prête à participer, mais il lui était impossible de prendre la tête (d'une telle opération européenne). Elle devait être épaulée par un grand Etat", a souligné M. De Crem, assurant que l'armée belge, déjà engagée avec plus de 1.100 hommes dans des opérations à l'étranger, aurait encore eu les moyens d'envoyer des troupes en RDC.

L'ONU a sollicité la Belgique pour deux aspects différents: d'une part le renforcement de la MONUC - qui est déjà avec 17.000 et bientôt 20.000 Casques bleus la plus importante opération onusienne de maintien de la paix - et d'autre part la participation à une mission européenne "intérimaire" ("bridging force"), dans l'attente du déploiement au Nord-Kivu des 3.000 hommes supplémentaires autorisés par le Conseil de sécurité.

M. De Gucht a admis mardi soir qu'une force-relais européenne avait très peu de chance d'être déployée, faute de volontaires pour la diriger. "Mon sentiment est bien qu'il n'est pas possible de monter une opération européenne pour l'instant", avait-il souligné devant la presse après un dîner à Bruxelles avec ses homologues de l'OTAN et de l'UE et des entretiens bilatéraux avec certains d'entre eux, dont le Français Bernard Kouchner.

"Les chances d'une mission européenne sont très limitées, pour dire le moins, pour plusieurs raisons", avait ajouté M. De Gucht "Premièrement, aucun pays n'est prêt à prendre la tête d'une telle opération et on a besoin d'un pays leader pour ce type d'opération, qui prendrait le commandement et aurait les structures pour", avait-il expliqué. Selon lui, la France, qui a plaidé avec la Belgique pour l'envoi d'une force européenne en RDC, n'est pas pour autant prête à en prendre la direction.

"La France est prête à être partie prenante mais alors d'une façon limitée et surtout de soutien, pour les raisons politiques qui sont les siennes", avait noté le ministre des Affaires étrangères. "Deuxièmement, la plupart des pays (européens) disent qu'ils sont déjà à la limite de leurs possibilités en Afghanistan, et certains en Irak, donc ils n'ont ni troupes ni puissance disponible", avait-il ajouté.

"Et le troisième élément est que nous (Belges) sommes plutôt familiers du Congo mais beaucoup de pays européens ne le sont pas", avait-il déploré. Selon M. De Crem, le gouvernement va désormais examiner les possibilités de renforcer la MONUC, en terme de transport aérien - avec des avions C-130 Hercules ou éventuellement des hélicoptères - de renseignement et de formation.

Il a rappelé à cet égard que la Belgique assurait déjà une part de la réforme des Forces armées de la RDC, avec notamment la présence de plus d'une centaine de militaires belges à Kananga (Kasaï occidental, dans le centre du pays).