Les familles de Joseph Tchamani, Belge d'origine camerounaise, et sa compagne Mary Atanga sont sans nouvelle du couple depuis leur arrestation le 10 décembre à la sortie de leur hôtel au Nicaragua, alerte mardi leur avocat, Me Alexis Deswaef. Ils s'étaient rendus en Amérique centrale pour récupérer la dépouille du fils de Mme Atanga, tué dans une fusillade alors qu'il tentait de franchir la frontière. Le couple a vu l'attitude des autorités changer après les avoir soupçonnées de prélèvement d'organes sur le corps du défunt. Azehfor Mbang Atanga, né au Cameroun, a été tué le 29 septembre, jour de ses 23 ans, alors qu'il tentait de franchir illégalement la frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua en vue de gagner ensuite les Etats-Unis, avait indiqué la police de Managua le 12 décembre. Le véhicule des passeurs à bord duquel il se trouvait a été pris en chasse par des agents et il a été tué au cours d'une fusillade.

Sa mère, Mary Atanga, et son compagnon Joseph Tchamani ont obtenu un visa pour aller récupérer la dépouille. Le 6 décembre, la police les a conduits à la morgue, où ils ont constaté sur le corps de nombreuses traces de coupures recousues, rapporte Me Deswaef. Après avoir interrogé les forces de l'ordre quant à un éventuel prélèvement d'organes, le couple a été sommé de quitter les lieux et escorté jusqu'à son hôtel. Le 10 décembre, Mme Atanga et M. Tchamani y ont été arrêtés. Depuis lors, leurs familles sont sans nouvelle.

Dans un communiqué de presse, la police de Managua classe le défunt parmi les membres de l'organisation criminelle de trafic d'êtres humains alors qu'il était initialement reconnu comme un migrant illégal, s'étonne l'avocat. M. Tchamani lui-même est accusé d'être "membre de l'organisation criminelle (...) ayant pour fonction d'organiser, transporter, transférer et d'héberger des migrants illégaux", tandis que Mme Atanga est décrite comme étant "résidente en Belgique, à Molenbeek, quartier considéré à haut risque" et "liée à des activités délictives" avec son compagnon.

Pour Me Deswaef, "l'attitude des autorités en général et de la police nationale en particulier a complètement changé après l'incident à la morgue et les questions sur l'enlèvement des organes du défunt". S'ils étaient réellement identifiés comme ayant un rôle dans l'organisation criminelle, ils auraient été arrêtés à leur descente d'avion ou directement après le passage à la morgue, ajoute-t-il, dénonçant une accusation "fausse et totalement absurde".

"Les autorités nicaraguayennes n'ont visiblement pas l'habitude de voir les corps des personnes abattues réclamées par leurs familles vivant souvent dans des pays lointains", conclut l'avocat, qui demande aux autorités belges d'intervenir.

Les Affaires étrangères n'ont pas encore pu être jointes pour une réaction.