Assez est assez". La Première ministre britannique Theresa May a tapé du poing sur la table dimanche après l’attentat en plein cœur de la capitale britannique. Sa réaction a été bien plus ferme que douze jours plus tôt après l’attaque à Manchester. Bien qu’ayant réclamé une trêve de la campagne pendant vingt-quatre heures, elle n’a pas limité son discours à des remarques sur les crimes de la veille. C’est surtout en tant que cheffe du parti conservateur qu’elle est intervenue pour exposer son analyse de la situation et présenter de nouvelles propositions. "Il y a, pour être franche, bien trop de tolérance pour l’extrémisme dans notre pays, a-t-elle expliqué. Donc nous avons besoin de devenir bien plus robuste dans son identification et son éradication dans le secteur public et dans notre société." Elle a ensuite suggéré d’étendre les peines de prison pour des actions liées au terrorisme, d’accroître les pouvoirs de la police et des services secrets, notamment à travers la surveillance d’Internet.

Accueil mitigé

Ce discours a reçu un accueil très mitigé. Dans son éditorial, "The Times" estime que "Theresa May a raison de mettre en avant que quelque chose doit changer". Le quotidien de droite réclame notamment que "les responsables de foi musulmane condamnent la barbarie et continuent leur enseignement chaque jour, comme l’a déjà fait le maire de Londres Sadiq Khan". A l’inverse, dans un long texte publié lundi dans le "Guardian", quotidien de centre-gauche, le chef des libéraux-démocrates Tim Farron a rejeté l’idée que l’on puisse "faire confiance à Theresa May en matière de lutte anti-terroriste" et à sa "rhétorique ferme". Le dirigeant politique réclame une collaboration avec les grands groupes technologiques afin de bloquer la dissémination de l’idéologie extrémiste mais refuse que le gouvernement "surveille et contrôle Internet comme le font la Chine et la Corée du Nord. Si nous transformons Internet en un outil censure et de surveillance, les terroristes auront gagné. Nous ne serons pas plus sûrs en devenant moins libres." Il accuse également l’ancien ministre de l’intérieur d’avoir choisi "l’inefficace surveillance de masse" plutôt que "l’investissement que l’on nous assure être meilleur - sur le terrain, près des communautés, apprécié et en qui les gens ont confiance".

L’attentat et l’intervention de Theresa May ne devraient donc pas avoir un impact majeur sur le vote des Britanniques ce jeudi. Comme l’a rappelé Tim Farron et surtout le responsable travailliste Jeremy Corbyn, qui a appelé à la démission de Mme May, son analyse sur les déficiences de l’Etat n’est rien d’autre que le bilan de ses six années passées au ministère de l’intérieur. De quoi décrédibiliser quelque peu le discours de fermeté de celle qui entend toujours paraître comme une responsable "solide et stable".