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Rue de la Constitution, aux abords du Parlement hongrois, mardi à 6 heures. Les premières lueurs du jour pointent à peine qu'un petit contingent du parti socialiste (le MSzP) se presse devant la Commission électorale pour déposer une énième initiative de référendum. Ils espèrent recueillir l'appui formel du peuple pour s'opposer à la fermeture obligatoire des commerces le dimanche imposée par le gouvernement. La cour constitutionnelle (Kúria) doit se prononcer le matin même sur la validité d'une initiative similaire déposée en novembre. En cas de rejet, il s'agit pour les socialistes de ne pas se faire doubler, car la Kúria n'a pas le droit d'étudier simultanément deux questions référendaires sur le même sujet. Le premier arrivé, le premier servi.

Mais une quinzaine de personnes est arrivée deux heures plus tôt avec les mêmes intentions, ou presque. Gros bras, crânes rasés, mines patibulaires, ils s'engouffrent les premiers à l'intérieur quand s'ouvrent les portes de la Commission électorale, à huit heures, raconte le journal « Népszabadság », qui avait visiblement flairé l'imbroglio à l'avance. A midi, on apprend par téléphone le rejet par la Kúria de la demande précédente de référendum. Les gros bras se mettent en action, barrent la route au malheureux député socialiste István Nyakó et font une haie d'honneur pour qu'une vieille dame valide la première une nouvelle initiative de référendum, inoffensive pour le pouvoir. Pour une poignée de secondes, les socialistes sont à nouveau battus. Depuis, ce flash de dictature provoque l'indignation et la stupeur...jusque dans les rangs de la droite.

Les médias ne mettront pas longtemps à identifier tout ce petit monde : les gros bras travaillent pour le Ferencváros TC, le club de foot mythique de Budapest, dont le directeur n'est autre que le vice-président du Fidesz, Gábor Kubatov. La vieille dame aussi, entretient de solides liens avec le parti au pouvoir. La Fidesz de Viktor Orbán se défend pourtant d'avoir quoi que ce soit à voir avec cette sombre histoire. Le gouvernement qu'elle compose a par ailleurs annoncé mercredi la tenue d'un référendum national pour s'opposer à la répartition de l'accueil des réfugiés entre les États membres de l'Union européenne. « Êtes-vous d'accord pour que l'Union européenne ait le pouvoir d'imposer l'installation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans le consentement de l'Assemblée nationale ? ». Cette question a d'ores et déjà été déposée à la Commission électorale nationale et il ne s'est pas trouvé le moindre hooligan de Ferencváros pour lui barrer la route.