Égypte/IRAN Analyse

Je vais essayer d’ouvrir la voie au développement de la coopération entre l’Iran et l’Egypte." En une déclaration, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, arrivé mardi au Caire pour prendre part dès ce mercredi au sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a confirmé la timide reprise de contact diplomatique entre ces deux puissances du Moyen-Orient. Il s’agit de la première visite en Egypte d’un président iranien en exercice depuis la révolution de 1979. L’Iran avait rompu ses relations diplomatiques avec l’Egypte l’année suivante, pour manifester son désaccord au traité de paix signé entre celle-ci et Israël.

Pour autant, l’accueil du président iranien par son homologue égyptien Mohamed Morsi au pied de la passerelle de l’avion en provenance de Téhéran ne témoigne pas (encore) d’un rapprochement ni ne préfigure un réchauffement global entre les deux pays.

"A tout le moins peut-on parler d’une normalisation ou d’une tentative de normalisation de leurs relations, sur le plan de la rhétorique" , explique Vincent Eiffling, chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux (UCL). "Dans les faits, pas sûr que l’on va assister à une explosion des échanges économiques entre les deux pays. L’Egypte n’est pas un partenaire primordial de l’Iran. Il faudra voir également si l’Egypte va poursuivre, comme c’est le cas, l’application des sanctions onusiennes contre l’Iran" (ayant trait à son programme nucléaire controversé). Et dans le dossier syrien, Téhéran soutient le régime de Bachar al Assad, alors que Le Caire demande le départ de ce dernier.

"Cela fait partie d’une stratégie iranienne d’apaisement et de rétablissement de ses liens avec le monde musulman en général, et au premier chef avec ses voisins arabes" , affirme le sociologue et politologue Rudolf el Kareh. Selon ce spécialiste du Moyen-Orient, c’est une manière pour l’Iran "de contrer la politique de fragmentation sociale poursuivie par ses adversaires" .

"Ce n’est pas une rupture mais le signe d’une mutation diplomatique après trente ans de fâcherie avec le régime précédent (de Moubarak) . Mais il ne faut pas s’attendre à des miracles" , poursuit-il.

Certes, l’Egypte a fait sa révolution, comme l’Iran trente-deux ans plus tôt, et les forces politiques islamistes ont pris l’avantage. Mais des divergences fondamentales subsistent, et notamment "un antagonisme idéologique" , souligne Vincent Eiffling, entre l’Egypte sunnite et l’Iran chiite.

Des signes d’égards mutuels se sont pourtant multipliés depuis la révolution égyptienne d’il y a deux ans. Ce que fait M. Ahmadinejad aujourd’hui à l’occasion du sommet de l’OCI n’est que rendre la pareille à M. Morsi qui, en août dernier, s’était rendu à Téhéran à l’occasion d’un sommet des pays non alignés. Une occasion saisie par les deux pays pour décider de rouvrir leur ambassade respective à Téhéran et au Caire.

Et par deux fois en deux ans, des navires de guerre iraniens avaient franchi le canal de Suez pour aller mener des missions en Méditerranée, en Syrie en particulier.

Isolement international et national

La stratégie iranienne consistant à rompre son isolement international correspond aussi à celle de son président de rompre le sien sur la scène intérieure. Le président Ahmadinejad, dont le deuxième (et dernier) mandat échoit en juin prochain, est déforcé depuis sa réélection en 2009, contestée par l’opposition et une partie de la population.

Le conflit ouvert avec le président du Parlement, Ali Larijani, un possible candidat à la prochaine élection présidentielle, prend des proportions inédites. Et l’un des proches du Président, le ministre de la Sécurité sociale, Saeed Mortazavi (l’ancien procureur de Téhéran), a été arrêté mardi.

Mais l’imprévisible Mahmoud Ahmadinejad a plus d’un tour dans son sac. Comme, lundi encore, lorsqu’il s’est dit "prêt à être le premier Iranien" envoyé dans l’espace par les savants de son pays, l’Iran ayant annoncé un vol orbital habité d’ici à 2020.