"Une commission d'enquête s'impose"

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Gérald Papy

Publié le

"Une commission d'enquête s'impose"
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Entretien

Sharon Courtoux est la vice-présidente de l'organisation "Survie" qui dénonce les méfaits de la "Françafrique" depuis de longues années.

Elle explique pourquoi son association réclame une commission d'enquête après la publication du rapport Mucyo à Kigali.

Que retenez-vous du rapport ?

Ce qui me paraît le plus important, c'est la façon très sérieuse qu'a le rapport de démontrer en quoi la France savait parfaitement ce qui pouvait survenir au Rwanda. Et la France a quand même continué sa complicité avec un régime qui était en train de commanditer un génocide et qui comptait l'exécuter. En 1998, il y a eu en France la Mission d'information parlementaire, qui a ouvert toutes les pistes qui pouvaient mener à la vérité et donc à la justice. Mais la France n'est pas allée jusqu'au bout de ces pistes. A la lecture de ce rapport, je n'apprends rien de révolutionnaire mais la commission Mucyo a tout vérifié et tout ce qu'elle a mis en avant est excessivement sérieux. Aussi, il me semble évident que la France ne peut pas se contenter de dire : "Tout cela n'est pas sérieux". Il faut absolument une commission d'enquête; nous l'avions demandée à l'issue de la Mission d'information. Les commissions d'enquête, en France, ont des pouvoirs judiciaires beaucoup plus importants. Et on peut exiger que tous ses travaux soient publics.

Avez-vous un réel espoir que cette commission d'enquête soit mise en place ?

Quand on pense que quelque chose est nécessaire, on essaye de se battre pour que cela ait lieu. Si on perd espoir, on baisse les bras. Il ne faut pas baisser les bras. Il faut que ce rapport soit lu par les élus de la Nation de manière à ce qu'ils comprennent que la France doit assumer ses responsabilités. Elle est disqualifiée politiquement et moralement dans ce dossier. Si elle veut redevenir ce qu'elle a l'ambition d'être, un grand pays. Elle doit faire cela. Il faut cette commission d'enquête.

A propos de la connaissance qu'avaient les dirigeants français de la préparation du génocide, c'était également le cas des Nations unies, de la Belgique... En quoi la responsabilité de Paris serait plus grande ?

Je pointe la responsabilité de la communauté internationale, en entier, dans cette affaire. C'est certain. Il n'empêche que la France était le pays qui avait le plus de présence au Rwanda : des militaires de toutes sortes, des politiques, des diplomates, des membres des services secrets. La France était partout sur les routes, voyait les barrages, participait à des réunions avec les autorités rwandaises... C'était le pays qui en savait le plus sur ce qui se passait et le savait d'autant plus qu'il fournissait des moyens au Rwanda de l'époque. Comme, par exemple, de la formation à l'utilisation de l'informatique pour faire des listes de personnes "à surveiller", listes qui ont servi à l'extermination des victimes.

Une accusation particulièrement grave porte sur la commission d'assassinats de Tutsis et le viol de femmes tutsies. Cela a-t-il été une réalité ?

Je n'ai pas encore lu cette partie du rapport. Je vous rappellerai seulement qu'un certain nombre de Rwandais ont porté plainte devant le tribunal aux armées de Paris contre X visant des militaires français. Une affaire en cours maintenant depuis deux ans. On verra ce que cela deviendra. Ces plaintes portent des accusations qui vont dans le sens de ce qui est relaté dans le rapport Mucyo, qui contient, d'après ce que l'on m'a dit, des témoignages supplémentaires.

Dans les recommandations finales, les hypothèses de poursuites en justice mais aussi de négociations diplomatiques sont évoquées. Ne pensez-vous pas qu'étant donné le réchauffement diplomatique observé depuis l'arrivée à la présidence de Nicolas Sarkozy entre Kigali et Paris, ce soit plutôt la deuxième option qui soit privilégiée ?

Une double réponse. Ce que vous suggérez est tout à fait possible. Il est tout à fait possible que Paris et Kigali trouvent un "deal" . Mais, en tant que citoyenne française, je fais ce que j'estime être de mon devoir. Je continuerai à exiger la vérité et la justice. Et s'il y a des pressions de la part d'organisations, le rapport pourra sortir des rayons d'une bibliothèque.

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