La mission d'une ministre qui veut montrer à l'opinion publique qu'elle n'est pas payée à rien faire est toujours délicate. Encore plus quand la ministre en question a sous le bras l'épineux portefeuille de l'Éducation nationale. Un sujet qui intéresse tout le monde, mais qui ne passionne presque personne au moment d'entrer véritablement au cœur d'un débat minutieux sur les programmes scolaires et leur application quotidienne par les enseignants. Alors, histoire de ne pas déposer un indigeste pavé de près de 400 pages dans l'assiette de journalistes en quête de sensation et de parents en attente de certitudes, Najat Vallaud-Belkacem a décidé de frapper fort. Et pour parler d'école en attirant les oreilles de tout le monde, vous avez deux choix : dictée ou tables de multiplication. Najat a choisi la dictée.

Dans une tribune publiée dans Le Monde du 18 septembre dernier, la ministre de l'Éducation nationale y est allée franchement. "Oui aux dictées quotidiennes à l'école". Un professeur qui se promène entre les bancs, avec un œil sur son passage du Père Goriot de Balzac et l'autre sur les éventuelles paires d'yeux perdues innocemment sur la feuille du voisin, voilà qui plaît à tout le monde. Faire comme avant pour ne plus laisser l'occasion aux autres de dire que c'était mieux avant. Najat Vallaud-Belkacem n'hésite d'ailleurs pas à en remettre une ou deux couches. 

La ministre parle d'une "pédagogie de l'entraînement quotidien et de la répétition". Elle affirme haut et fort que "les scientifiques déplorent une approche privilégiant la description du système linguistique à la pratique et à la maîtrise de la langue". Comme si l'école formait des garagistes capables de monter un moteur les yeux fermés, mais qui ne savent pas conduire, finalement. Enfin, Najat déclare que "la discipline exigée par des dictées quotidiennes est indispensable". Efficace.


Dicter ou faire écrire ?

Mais l'école française va-t-elle vraiment se sauver avec une dictée tous les jours ? Non, ont répondu en chœur les syndicats de l'enseignement français, outrés par le raccourci effectué par leur ministre de tutelle. "Il ne suffit pas de faire des dictées tous les jours pour résoudre les problèmes" répond Paul Agard, secrétaire départemental du SnulPP, dans les pages du Républicain Lorrain. Dans le même quotidien, Vincent Leroy (Unsa Éducation) va plus loin, affirmant sans détour que "la dictée n'a jamais rien apporté à l'enseignement"

Penser qu'une dictée permettra aux élèves d'apprendre l'orthographe semble illusoire pour les têtes pensantes de l'enseignement. Les romanistes qui ont étudié la didactique du français à l'UCL ont par exemple entendu à maintes reprises que "la dictée est un outil de diagnostic, pas un moyen d'apprendre l'orthographe". Un médecin n'a jamais guéri personne rien qu'en l'auscultant.

Une dictée par jour, ça ressemble plus à un coup de com' qu'à un véritable projet pour sortir la tête de l'enseignement de l'eau. D'ailleurs, il n'a même pas fallu 48 heures à Najat Vallaud-Belkacem pour apporter une précision à ses déclarations tonitruantes de la veille. En vérité, cette dictée pourra consister en l'écriture de l'énoncé d'un exercice, ou des consignes d'un travail. Plus que de dictées, c'est d'écriture dont l'école semble avoir besoin. Parce que les fardes d'aujourd'hui sont remplies de photocopies et pauvres en pages griffonnées à la main, non? 

Mais soyons honnêtes : si Najat Vallaud-Belkacem avait déclaré "il faut écrire tous les jours à l'école", on n'en aurait sans doute pas parlé...