Revirement politique surprise en Australie : Julia Gillard est devenue jeudi la première femme Premier ministre dans l’histoire du pays, quelques heures après avoir renversé le chef du gouvernement Kevin Rudd, chassé de la tête du Parti travailliste.

Seule candidate, Julia Gillard, qui était vice-Premier ministre jusqu’à jeudi, a été portée à la tête du Parti travailliste une douzaine d’heures après avoir mené la fronde contre Kevin Rudd, qui était pourtant jusqu’à récemment l’un des Premiers ministres les plus populaires de l’histoire moderne de l’Australie. Rudd était notamment l’un des rares dirigeants occidentaux parlant chinois et il avait joué un rôle crucial avec Pékin dans le déblocage des discussions sur le réchauffement climatique.

Toutefois, la popularité de Rudd s’est ensuite rapidement effondrée, à cause de quelques reniements dont sa renonciation, en avril, à imposer une taxe carbone aux plus gros pollueurs du pays. Son éviction prouve que le Parti travailliste avait perdu espoir de le voir remporter les prochaines élections, prévues dans quelques mois.

Après avoir été élue par son parti, Julia Gillard a été investie par celle qui est également la première femme gouverneur général du pays, Quentin Bryce.

Née en 1961, Julia Gillard est une ancienne avocate et haute fonctionnaire. Elle n’a pas d’enfants, une situation familiale qui lui a souvent été reprochée par ses détracteurs, qui jugent que cela ne fait pas d’elle une bonne dirigeante, car trop éloignée des préoccupations de la majorité des Australiens. Elle faisait en tout cas partie des quatre ministres du premier cercle autour de Rudd, considéré lui comme un héros travailliste pour avoir ramené le parti aux commandes en 2007, après onze années dans l’opposition.

Ce changement de direction a en tous cas immédiatement apaisé le conflit actuel entre le gouvernement et les grandes compagnies minières au sujet d’un projet d’imposition des bénéfices exponentiels que l’industrie engrange actuellement avec ses ventes de matières premières à l’Inde et à la Chine. Mme Gillard s’est immédiatement déclarée prête à négocier un compromis, à l’heure où les sondages montrent que cette affaire d’imposition met de plus en plus à mal les chances d’une victoire électorale des travaillistes.

Parfois au bord des larmes, Rudd a prononcé un discours d’adieu plein d’émotion jeudi, se disant fier que son premier geste de chef de gouvernement ait été de ratifier le protocole de Kyoto en 2007. (AP)