Après cinq ans passés à nettoyer, sans papiers, des appartements privés de Donald Trump, Victorina Morales a été invitée par une élue démocrate à assister au grand discours du président républicain à Washington. Très émue, elle aimerait pouvoir porter la voix de tous les clandestins qui n'osent pas parler.

"Si je pouvais lui parler, je lui dirais que nous voulons une réforme de l'immigration pour nous les immigrés qui sommes ici. Nous sommes 12 millions et nous sommes venus travailler, lutter, nous ne sommes pas venus envahir ce pays", confie-t-elle à l'AFP.

"Je ne parle pas seulement pour moi, je parle pour tous les autres et j'ai la foi, on va nous entendre", poursuit-elle, sa voix se brisant sous l'émotion. "Moi aussi j'avais peur, que les services d'immigration puissent arriver, qu'on m'expulse, mais plus maintenant. Maintenant j'ai cette confiance, parce qu'on m'écoute".

Arrivée aux Etats-Unis clandestinement en 1999, cette Guatémaltèque a fait le grand saut en décembre dernier. Elle travaillait alors depuis cinq ans pour le club de golf Trump à Bedminster, dans le New Jersey, lorsqu'elle a décidé de confier son histoire au New York Times. Elle a depuis quitté son emploi et plusieurs employés sans papiers ont été licenciés.

Pourquoi avoir décidé de parler, à 46 ans, malgré les risques?

"Parce que j'en ai eu assez des insultes, des agressions, des nombreuses humiliations. Parce que c'est douloureux qu'on vous dise que vous êtes un immigré qui ne sait rien, qu'ici on ne se plaint pas, que sinon ils appellent les services de l'immigration", raconte-t-elle à propos de ses responsables.

Elle ne sait pas si Donald Trump, dont elle faisait le lit, nettoyait les appartements, et qui laissait parfois de généreux pourboires, était au courant de ces faits.

"Mais un jour je me suis dit ça suffit, je n'en peux plus", dit-elle, tandis que la parlementaire démocrate Bonnie Watson Coleman lui tient la main, dans ses bureaux du Congrès américain.

"Hypocrisie" 

Le golf de Donald Trump se trouve dans sa circonscription du New Jersey et elle a tenu à inviter Victorina Morales à assister avec elle au discours du milliardaire sur l'état de l'Union, grand rendez-vous annuel servant aux présidents américains à présenter leur programme et vision du pays.

"Pour moi, Mme Morales est le visage de l'immigration et des individus sans papiers dans ce pays, qui travaillent dur, qui veulent une vie meilleure pour leur famille, qui ont fui la violence", explique l'élue à l'AFP.

"C'est à ça que l'immigration ressemble, pas à ce que le président des Etats-Unis tente de dépeindre, en les diabolisant, en les déshumanisant".

"Je voulais saisir cette occasion pour démontrer l'hypocrisie de ce président", qui veut construire un mur à la frontière avec le Mexique pour freiner l'immigration clandestine, alors que "l'homme d'affaires Donald Trump n'avait aucun problème à employer des gens qui n'avaient pas tous leurs papiers", assène-t-elle.

Le club de golf dépendait de la Trump Organization, qui a démenti auprès de plusieurs médias américains avoir su que les papiers des employés n'étaient pas en règle.

La parlementaire estime que Victorina Morales ne risque pas l'expulsion puisqu'elle a déposé une demande d'asile. Et que tous les employés sans papiers sont dans cette affaire des "témoins matériels" contre la Trump Organization, alors que les démocrates ont réclamé une enquête.

Pour elle, si les services d'immigration tentaient d'expulser la Guatémaltèque, cela constituerait "des représailles".