A quatre mois des élections législatives pour lesquelles les conservateurs sont donnés favoris, les libéraux de la Plateforme civique ont remporté jeudi une dernière bataille en faisant adopter à la chambre basse une loi sur la fécondation in vitro (FIV).

"J'ai tenu mes promesses. La loi sur la fécondation in vitro existe. Je suis très heureuse, c'est un grand succès de la liberté polonaise. Pour les gens qui ont un grand problème, c'est un salut et une chance pour avoir un peu de bonheur", a déclaré à la presse après le vote la Première ministre Ewa Kopacz.

Le parti Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski PiS soutenu par l’Eglise catholique a aussitôt annoncé qu’il allait revenir sur la loi une fois au pouvoir, ce que prédisent les sondages. L’Episcopat polonais a profondément déploré dans un communiqué que « les députés aient adopté le projet, contraire à l’enseignement du pape et de l’Episcopat ».

La revue Fronda a, elle, publié « la liste dite de la mort », celle des députés ayant voté pour la loi.

Très attendue depuis des années, le texte de loi suscite des controverses dans ce pays catholique aussi fortes qu’à l’époque de la bataille sur l’interdiction de l’avortement il y a une vingtaine d’années. L’Eglise catholique compare d’ailleurs la fécondation in vitro à un « avortement raffiné » car en cours de chaque procédure un nombre d’embryons, qui aux yeux de l’Eglise sont déjà des êtres humains, sont gelés et risquent d’être détruits s’ils ne sont pas implantés dans le corps d’une femme.

Les auteurs du texte répondent que la loi régit strictement le sort des embryons qui ne peuvent en aucun cas être détruits. Six embryons au maximum pourront ainsi être congelés lors d'une seule procédure et préservés dans des banques d'embryons. Ils pourront être adoptés.

Le projet interdit tout commerce et la destruction des embryons, dont les responsables risquent jusqu'à cinq ans de prison.

La procédure est accessible aux couples mariés -ou vivant en couple- hétérosexuels, mais ne sera pas accessible aux femmes seules.

« Enfin, nous avons une loi. C’est un grand pas que la Pologne fait vers un monde civilisé » a déclaré à la Libre Belgique le docteur Katarzyna Koziol de la clinique Novum, à Varsovie, une des premières cliniques en Pologne, créée en 1994. En vingt-et-un an, ses médecins ont abouti à 15.825 grossesses par in vitro, dont des grossesses multiples.

« La Pologne était l’un des derniers pays en Europe à n’avoir pas de législation dans cette matière. Désormais la loi donne plus de sécurité aussi bien aux patients qu’aux embryons » , a-t-elle souligné.

« Elle n’est pas idéale, mais l’essentiel est qu’elle est là », a-t-elle souligné. « Aux yeux de nos patients, une des conséquences négatives du principe de l'anonymat de don d'organes, en soi un principe positif, est l'impossibilité de recourir aux ovules d'un membre de famille », a-t-elle souligné. « Aux yeux des médecins, les chances de réussite, sont plus élevés s’il y a plus d’embryons » que six.

Mais rien est encore gagné de manière définitive et la course contre la montre continue. Il faut maintenant que le Sénat adopte ce texte et qu’il soit promulgué par le président sortant Bronislaw Komorowsk, avant que son successeur le conservateur très catholique Andrzej Duda ne soit investi le 6 août.

S’il n’y a pas de doutes pour Komorowski, qui lui même catholique, et père de cinq enfants, s’est dit favorable à la loi, le président élu se dit opposé à la loi.

Pour Wanda Nowicka, député de gauche et activiste des mouvements féministes « si ce n'est pas maintenant, la loi ne verra pas le jour pendant longtemps » alors que les premiers enfants éprouvette ont déjà 30 ans en Pologne. Depuis des années la méthode de procréation médicalement assistée échappait en Pologne à tout cadre juridique.

Au point que nul ne sait combien d’enfants sont nés grâce à cette procédure. Chaque tentative de régler le problème échouait au parlement. Soutenu par la puissante Eglise catholique, le PiS s’est toujours prononcé contre les techniques de procréation assistée, ayant même proposé son interdiction sous peine de prison allant jusqu’à deux ans pour les médecins qui la pratiquent. Des hiérarques de l’Eglise et des conservateurs prolife sont allés jusqu’à stigmatiser les couples recourant à la méthode en affirmant que leurs enfants souffraient de maladies génétiques, certains avaient même « une ride sur leur front »

En juillet 2013, le gouvernement libéral de Donald Tusk a décidé d’agir par décret, faute de pouvoir passer une loi. Un programme national de remboursement de la FIV a ainsi démocratisé l’accès à la procédure très coûteuse, et posé des bases à une réglementation de la procédure. Depuis deux ans seulement les couples qui ont recouru à la méthode sont remboursés. Les remboursements seront-ils maintenus par le prochain gouvernement ? Cela reste une inconnue.