CORRESPONDANTE À JÉRUSALEM

Les Palestiniens emprisonnés en Israël sont souvent à l'avant-garde de l'assouplissement politique. Cette fois encore, ils posent un jalon.

Les détenus des cinq grandes factions - Fatah, Hamas, Jihad islamique, Front populaire et Front démocratique - ont signé un «document de consensus national», qui aspire pour la première fois à l'union dans le pragmatisme. Cela, à l'initiative du prisonnier n° 1 du Fatah, Marwane Barghouti, et au terme de longues négociations avec le prisonnier n°1 du Hamas, Abdel Halek Natché, et la direction des détenus des trois autres factions. Tous, incarcérés dans le pénitencier Hadarime, près de Tel-Aviv.

Le document s'écarte de la ligne officielle du Hamas. Il consacre l'OLP comme «seul représentant légitime» du peuple palestinien et appelle à sa réactivation après que le Hamas et le Jihad s'y seront joints. Il prône la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967, et autorise le président Mahmoud Abbas à négocier sur base du plan arabe de 2002 qui prévoit une Palestine aux côtés d'Israël.

Tout accord de paix devra être soumis au préalable au Parlement palestinien, ou par référendum aux Palestiniens dans le monde. La résistance armée garde ses droits, mais uniquement dans les territoires occupés par Israël depuis 1967. Le document revendique aussi le droit au retour des réfugiés, mais sans stipuler que ce soit dans l'Israël d'aujourd'hui.

M. Abbas s'est félicité du document et l'a «pleinement endossé» jeudi. Plus réservé, un porte-parole du gouvernement Hamas l'a qualifié de «bonne base de départ pour un dialogue national, mais qui nécessite encore des tractations». Le Premier ministre Hanyé n'a pas réagi. Quant au leader du Hamas en exil, Khaled Machal, le plus dogmatique de tous, il exhortait mercredi «le monde arabe, le monde musulman et tous les partisans du Hamas» à envoyer au contraire «des armes, de l'argent et des hommes, pour combattre l'ennemi sioniste».

Ecoutés par la population

Mais les analystes dans les territoires sont unanimes: avec ou sans aval officiel, les prisonniers ont l'oreille de la population palestinienne. Ils sont les héros nationaux et restent influents même derrière les barreaux. M. Barghouti dirige la jeune génération du Fatah. M. Halek Natché est membre du bureau politique du Hamas en Cisjordanie. Tous les signataires du document sont des cadres de leurs partis respectifs. Des tirs isolés ont toutefois repris jeudi à Gaza entre milices du Hamas et du Fatah, faisant quelques blessés.

Israël, de son côté, a annoncé qu'il va dégeler les remboursements fiscaux qu'il doit depuis trois mois aux Palestiniens. Il versera prochainement près de dix millions d'euros sur le total de 45 millions d'euros bloqués depuis février. Mais au lieu de les transférer aux Finances palestiniennes, il passera par le mécanisme que l'UE va mettre sur pied à la demande du «Quartet», afin que l'argent serve uniquement à des fins humanitaires (lire ci-dessous).

© La Libre Belgique 2006