Dix jours... Dix jours à peine que l’Eglise catholique s’est dotée d’un nouveau pape. Mais que de changements, de bouleversements, tantôt de style, tantôt de fond, même si on ne pourra, bien évidemment, j(a)uger le pape François qu’après quelques mois, voire quelques années. Reste que pas un des chrétiens que nous avons rencontrés, depuis la fumée blanche annonçant que Benoît XVI avait un successeur, n’est allé à contre-courant d’une idée déjà bien répandue : institution bimillénaire, l’Eglise s’oxygène et opte régulièrement pour le renouveau entre quelques décennies plus classiques.

Entre des phases d’adaptation, on promeut de réelles évolutions coperniciennes où le maître mot est "aggiornamento", mise à jour. Et où on ouvre donc largement les fenêtres au monde pour lui permettre de le rejoindre sans atermoiements funestes ni précipitation inconsidérée. On y est : il y a 50 ans, Jean XXIII, pape de transition désigné pratiquement au même âge que le cardinal Bergoglio, avait mis le monde catholique sens dessus dessous en convoquant un second concile au Vatican; le pape François n’en est pas - encore ? - là, mais depuis son élection, tous ses gestes sont marqués du sceau de la simplicité évangélique, à l’image du Poverello d’Assise, son modèle. Et ce n’est vraiment pas de la com’, comme voudraient le faire croire certains commentateurs informés du fonctionnement de l’Eglise.

1 Lors de sa première messe comme pape avec les cardinaux au sein de la Sixtine, François avait montré qu’il serait le continuateur de Vatican II en célébrant face à ses frères cardinaux et pas à l’ancien autel. On épinglera encore d’autres gestes symboliques, comme le fait de garder son humble chambre de cardinal électeur à Ste-Marthe, plutôt que de rejoindre la suite papale et une non moins humble mais conviviale présence avec les cardinaux au déjeuner des cardinaux après son installation officielle. Il y a donc une réelle volonté de recentrage de l’autorité papale vers ses fondamentaux évangéliques.

2 Il ne faudrait cependant pas en déduire que François axera son pontificat sur le seul souci des plus démunis. En relisant ses différentes interventions dont celle de vendredi face au corps diplomatique, on se rend compte que François veut également combattre la pauvreté spirituelle contemporaine. Pas de problème pour ce qui est du dialogue œcuménique ou interreligieux : en recevant les invités de son installation, il fit comprendre qu’il l’encouragerait, en ce compris avec l’islam, mais il faut aussi prendre à bras-le-corps les lacunes spirituelles. François est aussi inquiet face à "la dictature du relativisme qui laisse chacun comme mesure de lui-même et met en péril la convivialité entre les hommes".

3 Mais au terme de cette première décade, l’image la plus forte est celle de la rencontre des deux papes, samedi, à Castel Gandolfo. Avec cette prière commune, ensemble sur le même banc comme deux frères, alors que François refusait d’être placé devant un Benoît XVI bien affaibli depuis son départ du Vatican. Effacées les craintes d’avoir un pape "belle-mère", l’heure est plutôt là aussi au passage de flambeau et la vraie question est de savoir qui sera son Secrétaire d’Etat et, surtout, s’il sera suffisamment libre face aux pressions de la "vieille garde" de la Curie qui n’a pas dit son dernier mot, même si le rapport, établi peu avant la démission de Benoît XVI par trois cardinaux sur les "Vatileaks", est une épée de Damoclès qui surplombe leur barrette. L’heure est à la montée vers Pâques en attendant la première grande sortie de Rome en juillet aux Journées mondiales de la jeunesse à Rio comme il l’a confirmé dimanche. Révolutionnaire, François ne devrait pas l’être, certainement pas sur les dossiers moraux et éthiques, mais il peut donner suffisamment de souffle à la base chrétienne pour l’inviter à redevenir un acteur de son devenir sociétal