CORRESPONDANT À ISTANBUL

En frappant, vraisemblablement, deux des centres touristiques les plus prisés de Turquie, les terroristes cherchaient à tuer, et visaient particulièrement des touristes étrangers. Sur la côte méditerranéenne, Marmaris et Antalya sont en effet, avec Bodrum, Kusadasi, Fethiye et Didymes, parmi les destinations préférées des vacanciers anglo-saxons, adeptes de stations balnéaires à petit budget où la vie nocturne est animée. En plaçant un engin explosif dans le centre touristique d'Antalya, lundi, et un sac piégé, dans la nuit de dimanche à lundi, sous le fauteuil d'un minibus faisant la navette entre la vieille ville de Marmaris, sur le port, où sont situés l'essentiel des restaurants et des bars, et les hôtels, ils étaient sûrs de frapper bon nombre de ces visiteurs européens qui rapportent tant de devises à la Turquie.

Sur les 13 blessés de la première explosion de Marmaris survenue à minuit, l'heure où l'on commence à rentrer se coucher, 10 étaient des ressortissants britanniques. Peu après, c'est sur la promenade du bord de mer, toujours au centre-ville de Marmaris, qu'un engin explosif placé dans une poubelle fauchait des promeneurs, faisant 5 blessés. Une dernière explosion, dans un quartier résidentiel, ne faisait, elle, aucune victime.

A Antalya, la déflagration s'est produite devant un bâtiment abritant des restaurants, a tué trois personnes et en a blessé des dizaines d'autres.

Les attentats de Marmaris ont été revendiqués par «Faucons de la liberté du Kurdistan». Celui d'Antalya ne l'avait pas encore été, lundi soir.

Avertissement

«Nous annonçons que les hôtels, les installations de loisirs et les firmes touristiques seront nos cibles», menaçait le 3 avril l'aile terroriste de la rébellion kurde, les «Faucons de la liberté du Kurdistan» (TAK). Même faute de revendication explicite, cette série d'attentats porte très clairement leur signature. En juillet 2005 à Kusadasi, ils avaient de la même manière perpétré un attentat à la bombe dans un minibus, tuant une touriste britannique. Cette action avait été revendiquée, et le procès de ses auteurs présumés est en cours. Le 26 juin dernier, les TAK avaient également endossé la responsabilité d'un attentat à la bouteille de gaz sur le site des cascades de Manavgat, où trois touristes russe, norvégien et hongrois avaient trouvé la mort, en plus d'un serveur turc.

Plus récemment, les «Faucons de la Liberté du Kurdistan» ont également affirmé avoir allumé des dizaines d'incendies criminels qui ont ravagé des milliers d'hectares de forêts dans une dizaine de provinces, essentiellement sur les côtes égéenne et méditerranéenne, où se concentre l'activité touristique.

Rupture du cessez-le-feu

Les «Faucons de la liberté du Kurdistan» sont apparus au grand jour en juin 2004, simultanément à l'annonce, par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), de la réouverture des hostilités avec l'Etat turc, après 5 ans de cessez-le-feu. Depuis, les accrochages avec l'armée et les attaques de convois militaires sont quasi quotidiens dans le sud-est de la Turquie, et les attentats, ciblés ou aveugles, se sont multipliés à Istanbul et dans l'ouest du pays. Les «Faucons de la liberté du Kurdistan» constituent un groupe autonome composé de militants kurdes agissant dans le même but que le PKK - la défense des intérêts du peuple kurde, sans évoquer de sécession de la région à majorité kurde - mais avec des moyens propres, sans réel contrôle, apparemment, par la direction du PKK.

Avec une vingtaine de millions de visiteurs l'an dernier, l'industrie touristique turque est la première ressource de devises du pays, visant pour 2006 une vingtaine de milliards de dollars de revenus.

© La Libre Belgique 2006