Dans ses petits souliers, jeudi, Manuel Valls. Les frères Kouachi étaient connus des services de police et du Renseignement. L’un d’eux avait même un lourd casier judiciaire, lié à son islamisme. Pour autant, on n’a pu les empêcher de tuer. “Il n’y a pas de risque zéro”, a justifié le Premier ministre, admettant que c’était “terrible à dire, parce qu’il y a des victimes, un attentat terrible, et (parce que) nous sommes tous bouleversés”.

Le chef du gouvernement pressent-il que, rapidement, dès la séquence actuelle d’“union nationale” refermée, il va subir un feu nourri de critiques? “Je comprends cette question”, a-t-il répondu, sur la défensive, à une interrogation sur l’insuffisance ou l’inefficacité présumée du dispositif censé protéger de la menace terroriste. “Cette question est légitime, et il y aura une réponse”, a-t-il promis, renvoyant toutefois cette réponse à plus tard: “Aujourd’hui, (la priorité est) la mobilisation autour de nos valeurs et pour interpeller ces hommes”.


Le FN relance la peine de mort

En fait, comme c’était à prévoir, l’exécutif est dès à présent soumis à une double pression contradictoire.

Dans un sens, une pression pour qu’il durcisse immédiatement l’arsenal législatif et pénal. “Il y a des mesures de fermeté à prendre. On peut améliorer notre dispositif” a, ainsi, insisté Nicolas Sarkozy. “Il ne suffit pas que l’unité nationale se fasse dans la compassion! La République, ça se défend!”, a insisté son ex-ministre de l’Intérieur, Claude Guéant. Qui a notamment exigé qu’il soit mis “un terme à ces trop nombreuses complaisances à l’égard du communautarisme”.

Concrètement, l’UMP met le pouvoir au défi de prendre des mesures sécuritaires comme la déchéance des jihadistes de leur nationalité, ou la création, à leur intention spéciale, de “centres de rétention fermés”. Un ancien ministre sarkozyste, Thierry Mariani (héraut de l’aile la plus à droite de l’UMP), a même loué le “Patriot Act” et la notion de “guerre de civilisation” de George Bush, au lendemain du 11 septembre.

Dans sa forme la plus décomplexée, cette pression en faveur d’un durcissement sécuritaire est incarnée par le Front national. Jeudi, Marine Le Pen a été jusqu’à rappeler que son parti prônait l’organisation d’un référendum populaire sur le rétablissement de la peine de mort, pour châtier les auteurs de crimes les plus graves.

Mais, dans l’autre sens, une pression en sens exactement inverse, venant elle de la gauche, est exercée sur l’exécutif. Pression pour que, non, il ne succombe pas à l’émotion. Et donc pour qu’on ne légifère aucunement dans l’urgence. “Il ne faut pas se lancer dans une surenchère sécuritaire et législative!”, a sommé, jeudi, le chef de file des députés Verts. Des mises en garde dans le même sens ont émané de l’aile gauche du Parti socialiste ainsi que du leader du parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon.