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"La nouvelle de ma mort a été fortement exagérée", avait coutume de dire Mark Twain. De même, celle du Parti socialiste a été maintes fois annoncée : lors de l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002, du vote Non au référendum constitutionnel européen de 2005, ou encore lorsque Manuel Valls avait parlé en 2016 de "deux gauches irréconciliables", entre d’un côté la gauche dite de "gouvernement", social-démocrate et réformiste, et de l’autre la gauche protestataire, mouvementiste et antilibérale.

Mais cette fois, si le PS, n’est pas mort, il est dans une situation de coma très avancé. Et ce n’est pas un hasard si c’est Valls lui-même qui pourrait lui avoir porté le coup fatal. En déclarant, mercredi matin sur BFM TV, qu’il voterait pour Emmanuel Macron – alors qu’il s’était engagé à soutenir le vainqueur de la primaire – Valls a déclenché une tempête sans précédent à gauche.

La réplique des proches de Hamon a été à la hauteur de l’offense subie. Arnaud Montebourg, qui soutient le Brestois, a évoqué un manquement à "l’honneur", tandis que le député de Marseille Patrick Mennucci a lâché sur Twitter : "Valls, tu nous fais honte !" Hamon lui-même est monté au créneau : "La démocratie a pris un grand coup de plus, a-t-il estimé. Elle n’en avait pas besoin tant elle est humiliée par des comportements et des pratiques indignes."

Renouvellement des visages

Mais du côté de Valls et des "vallsistes", on s’estime dans son bon droit. D’abord, parce qu’ils se souviennent que les frondeurs, désormais ralliés à Hamon, n’ont cessé durant tout le quinquennat de planter des coups de couteau dans le dos du tandem de l’exécutif. Valls juge depuis longtemps ne plus rien avoir de commun avec ceux-là. Lui pense avoir privilégié la cohérence idéologique plutôt que la logique des personnalités – on sait qu’il ne porte pas Emmanuel Macron dans son cœur. "Le sujet c'est la France, et ce que nous voulons pour les années qui viennent", a souligné l’ancien Premier ministre dans la même interview à BFM TV. Enfin, Valls pense que le péril principal est désormais l’accession du Front national à l’Elysée, et que Macron est le plus à même de lui barrer la route.

L’objectivité oblige cependant à préciser que la démarche de Valls n’est pas exempte d’un certain nombre d’arrière-pensées. Lui et ses troupes, s’ils veulent conserver les sièges de parlementaires, ont évidemment intérêt à miser sur le futur gagnant. A cet égard, le choix de Valls est au moins autant un pronostic sur le futur gagnant que tout autre chose.

Le bateau tangue

Il est d’ailleurs notable que Macron, qui avait semblé fermer la porte la veille à de nouveaux ralliements, l’a à nouveau entrouverte pour Valls, mercredi matin, sur Europe1. Il a remercié l’ancien Premier ministre, tout en rappelant qu’il était le garant d’un "renouvellement des visages." On peut en déduire que Valls ne fera certainement pas partie d’un éventuel gouvernement de Macron, mais que lui et ses troupes devraient pouvoir trouver leur place dans une majorité "En Marche", à condition de respecter un certain nombre de critères. C’est d’ailleurs aussi l’intérêt de Macron : s’il veut pouvoir gouverner, le leader d’En Marche sait qu’il aura aussi besoin d’une partie des troupes déjà constituées du PS.


S’il parvient à ses fins, Macron pourrait bien parvenir à vider le PS de sa substance, le condamnant, sinon à la mort, du moins à un long purgatoire, fait de postures protestataires et de scores réduits aux élections. C’est d’ailleurs ce qui semble se dessiner dans les sondages, où Benoît Hamon tutoie désormais la barre des 10 %, sous laquelle il pourrait bien passer dans les jours qui viennent.

L’autre gagnant de la désagrégation du PS pourrait être Jean-Luc Mélenchon, qui a pour lui une certaine constance et cohérence idéologique, qui ressort d’autant plus , alors que le bateau socialiste tangue et fuit de toutes parts. Après un débat télévisé réussi, il a désormais distancé Hamon dans les sondages (il est à 14 % selon l’Ifop, 15 % selon OpinionWay). Dans son viseur, c’est désormais non plus Hamon, mais FIllon qui se trouve à portée de fusil.