International Printemps pourri et été chahuté pour Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement français. "Y a-t-il un pilote à la culture ?", attaquait, en titre, un article du mensuel "Beaux-Arts Magazine" au début du mois de mai avant que, le 1er juillet, le débat s’amplifie, relancé par Frédéric Mitterrand. Son prédécesseur à la rue de Valois lui reprochait, dans le journal "Le Monde", "une approche totalement dogmatique de la culture", assortie d’une "stratégie de remplacements systématiques". Elle lui a répondu que "nul n’est propriétaire de sa charge" avant de conclure, lapidaire, "Frédéric Mitterrand regarde les trains passer, moi je les aiguille".

Le débat n’en était pas clos pour autant et, le 15 juillet, c’est le comédien Philippe Caubère qui s’est fendu d’une tribune assassine dans "Libération" pour dénoncer "le manque de courage" de la ministre, lui prêtant des "arguments démagogiques creux", ainsi qu’un "comportement partial et immoral". "Aurélie Filippetti aiguise le conflit jeunes-vieux, hommes-femmes, conservateurs-novateurs", ajoutait l’ancien pilier du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, "et c’est une vilaine attitude". Ambiance…

"Filippetti bashing"

Au centre de ces critiques, un budget de la culture en baisse de 2 % en 2013 et d’ores et déjà amputé de 2,8 % pour 2014, un manque de visibilité - son absence lors de l’inauguration de la Cité du cinéma lancée par Luc Besson en avait irrité plus d’un -, des maladresses du genre de "La BD c’est une manière de faire lire les enfants" et, surtout, une stratégie de remplacement des responsables d’institutions artistiques menée bille en tête. La "valse des directeurs" est ainsi devenue l’un des leitmotivs du "Filippetti bashing".

La ministre avait pourtant annoncé la couleur lors de sa prise de fonction, en déclarant d’emblée qu’elle voulait renforcer la parité homme-femme et favoriser le renouvellement des générations dans ces postes à haute responsabilité culturelle. Elle s’y est tenue avec une obstination qui s’est cognée à la réalité humaine d’un terrain où, quand l’on est mécontent, les mots pour le dire et le panache pour l’exprimer arrivent aisément.

Au cœur de la polémique qui a enflammé le sérail jusque dans les rues d’Avignon en juillet figurent quelques noms emblématiques du théâtre hexagonal, dont celui de Jean-Louis Martinelli. À la tête du théâtre des Amandiers de Nanterre depuis 2002 - ce qui fait long quand on sait que, depuis Frédéric Mitterrand, le nombre des mandats ne peut être que de trois maximum, soit 9 à 10 ans -, il dit "comprendre" mais "regretter une décision injuste" du point du service public dans une ville "symbolique" où il aurait aimé terminer le chantier de la reconstruction du théâtre qu’il avait engagée. "On ne règle pas la question de l’art par des décisions administratives", écrivait-il dans le "Figaro"…

Exit aussi Jean-Marie Besset, directeur du Théâtre des 13 Vents à Montpellier, mais lui au bout d’un mandat seulement et sur base d’un rapport négatif d’un inspecteur du ministère. "Un maximum n’est pas un minimum", argumente Aurélie Filippetti qui a par ailleurs "débarqué" Christophe Maltot au Centre dramatique de Besançon avant même qu’il ait terminé sa deuxième année de mandat.

À Nice, la situation s’est particulièrement tendue autour du cas de Daniel Benoin, en poste depuis 2002 tout comme Martinelli. À 65 ans, celui-ci n’est pas décidé à quitter le pont et a sans doute pensé qu’en jumelant sa candidature à un quatrième mandat avec celle de Zabou Breitman, il amadouerait une ministre férue de parité. Ce fut peine perdue et Aurélie Filippetti menace désormais la ville suspendre le conventionnement si Benoin n’abandonne pas la partie.

Celle que l’on croyait trop fragile pour le poste s’est-elle muée en dame de fer adepte des nominations "à la socialiste", comme le martèlent certains de ses détracteurs ? Le cliché sonne comme un raccourci qui sied mal à cette petite-fille d’immigrés italiens devenue normalienne, agrégée de Lettres classiques et romancière sensible dont le premier livre parle de sa Lorraine natale où la Bérézina industrielle marqua "Les derniers jours de la classe ouvrière" (Stock 2003). Elle le fait sans pathos à la Cosette, avec justesse, persuadée toutefois que la culture peut changer le monde.

Son parcours politique entamé chez les verts, avant qu’elle ne rejoigne les troupes du "Désir d’avenir" de Ségolène Royal en 2006, est du même bois de conviction teintée d’obstination. Au risque aujourd’hui d’être taxée d’un dogmatisme de tous les dangers.