Son sérieux de professeur d'économie pour rassurer à droite, son parcours chez les écologistes pour convaincre à gauche: Alexander Van der Bellen, donné gagnant de la présidentielle en Autriche dimanche, a cultivé un profil de rassembleur pour faire rempart à l'extrême droite. Le camp du candidat du parti d'extrême droite (FPÖ) Nobert Hofer a reconnu sa défaite dimanche soir, battu par M. Van der Bellen au second tour.

Cet Européen convaincu, pragmatique et libéral, n'avait eu d'autre choix que de mener une campagne au centre pour fédérer, dans cette élection où il s'est présenté avec une étiquette d'indépendant, après onze années à la tête des Verts.

Ce positionnement lui avait déjà permis de l'emporter d'une courte tête - moins de 31.000 voix - au second tour organisé au mois de mai alors qu'il était largement distancé au premier tour par le candidat d'extrême droite Nobert Hofer (FPÖ).

Mais quelques jours avant son investiture, le scrutin avait été invalidé par la justice en raison d'irrégularités dans le dépouillement.

Ce septuagénaire à l'éternelle barbe de trois jours est donc reparti en campagne, avec les T-shirts colorés à son effigie et les concerts de ses comités de soutien, qui ont souvent paru en décalage avec sa personnalité austère, voire intimidante.

Face à son rival, formé aux techniques de communication, les secondes de silence d'Alexander Van der Bellen aux questions des débats télévisés ont cependant souvent semblé une éternité.

Mais cet économiste, ancien professeur d'université, adepte d'un humour pince-sans-rire, sait aussi se montrer mordant: "Vous ne comprenez rien à l'économie" ou "Je vous parle d'Europe: E-U-R-O-P-E, vous en avez déjà entendu parler?", a-t-il lancé à M. Hofer comme pour faire sortir de son flegme un adversaire qui cultivait sang-froid et affabilité.

Les Verts autrichiens, le parti qu'il a dirigé jusqu'en 2008, ont également découvert de nouveaux accents à leur ancien patron, désormais défenseur de la "tolérance zéro" en matière de sécurité, d'une restriction de l'asile pour les "migrants économiques" et acteur de clips électoraux sur fond de drapeau autrichien et d'ode au terroir.

Cet été, il était apparu dans une fête de village en veste traditionnelle - une première - non pour s'attirer les grâces de l'électorat conservateur, a-t-il juré, mais pour être au diapason des visiteurs.

Au Tyrol, il est "Sascha"

En dépit de l'absence de consigne de vote officielle en sa faveur des partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), Alexander Van der Bellen a emmagasiné les soutiens individuels d'une grande partie du monde politique, artistique, intellectuel, de gauche mais aussi de droite.

Un argument que lui a retourné Nobert Hofer: "Vous avez l'élite, j'ai le peuple", l'avait interpellé le candidat FPÖ lors d'un débat.

Le FPÖ avait présenté M. Van der Bellen comme un "gauchiste en habits bourgeois", lui reprochant des accointances "communistes", le renvoyant aux positions de son ancien parti en matière d'immigration. Les Verts ont toujours défendu une société ouverte et multiculturelle, qui fait figure d'épouvantail pour le FPÖ.

Durant son passage à la tête des Verts autrichiens, le parti est devenu la quatrième force politique du pays, derrière le FPÖ. Alexander Van der Bellen, qui avait débuté en politique dans les années 80, s'engageant d'abord aux côtés des sociaux-démocrates, s'était mis ces dernières années en retrait de la scène politique.

Mais pour beaucoup d'électeurs, ce modéré était resté trop radical, notamment dans les campagnes conservatrices "où les Verts ont encore la réputation de trafiquants de cannabis", selon le magazine de gauche Profil. Le candidat écolo ne fume, lui, que des cigarettes, mais beaucoup.

"Je demande à tous ceux qui ne m'aiment pas, mais aiment peut-être encore moins M. Hofer, de voter pour moi", avait-il lancé, traduisant la motivation d'une partie de son électorat.

M. Van der Bellen se décrit lui-même comme "enfant de réfugiés", rejeton d'un aristocrate russe et d'une mère estonienne ayant fui le stalinisme. Il est né à Vienne, et sa famille a trouvé refuge dans le vert Tyrol, aux confins de l'Autriche et de l'Italie, lorsque l'Armée rouge est entrée dans la capitale autrichienne, en 1945.

Dans cette province frontalière, très traditionnelle, il est tout simplement "Sascha", diminutif russe d'Alexander.


L'Union européenne se félicite de la victoire de Van der Bellen

Le président du Conseil européen Donald Tusk s'est félicité dimanche de la victoire de l'écologiste Alexander Van der Bellen face à un candidat d'extrême droite à la présidentielle en Autriche, estimant qu'elle allait contribuer à conserver l'unité de l'Europe.

"C'est un plaisir de vous féliciter de tout coeur pour votre élection (...). Au nom de l'Union européenne, et personnellement, je vous fais tous mes voeux de réussite", a déclaré M. Tusk dans un communiqué. "Alors que nous faisons face à de nombreux et difficiles défis, la poursuite de la contribution constructive de l'Autriche à la recherche de solutions partagées en Europe et au maintien de l'unité européenne va rester primordiale", a-t-il ajouté. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a de son côté salué le résultat de la présidentielle autrichienne comme la "lourde défaite du nationalisme et du populisme anti-européen". M. Van der Bellen, 72 ans, était crédité dimanche soir de 53,3% des voix, selon les projections de la télévision publique autrichienne, contre 46,7% à M. Hofer, 45 ans, vice-président du parlement et cadre du Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) depuis 25 ans. L'ancien dirigeant des Verts autrichiens et ex-doyen de la faculté d'économie de Vienne s'est réjoui de la victoire d'une "Autriche pro-européenne".


Charles Michel félicite Alexander Van der Bellen pour sa victoire

Le Premier ministre Charles Michel a tenu à féliciter dimanche soir l'écologiste Alexander Van der Bellen pour sa victoire face à un candidat d'extrême droite à la présidentielle en Autriche. "Je veux féliciter le président élu. La Belgique et l'Autriche entretiennent d'excellentes relations bilatérales. Je forme le voeu que l'on puisse poursuivre notre coopération, notamment au sein du Conseil européen qui est confronté à de nombreux défis, tels que la relance économique, ainsi que les enjeux sécuritaires et migratoires", a réagi M. Michel, depuis Tunis, où il entamera lundi une mission conjointe avec ses homologues du Benelux.

Plus tôt dans la soirée, le député européen Louis Michel avait lui aussi salué la victoire du candidat écologiste. "C'est avec soulagement que j'ai appris que Norbert Hofer (FPÖ) a reconnu sa défaite ce dimanche soir aux élections présidentielles autrichiennes. Malgré la victoire d'un parti démocratique, les résultats restent inquiétants. Plus que jamais nous devons tirer les leçons de cette montée des extrêmes et répondre aux inquiétudes des citoyens", avait déclaré Louis Michel.

M. Van der Bellen, 72 ans, était crédité dimanche soir de 53,3% des voix, selon les projections de la télévision publique autrichienne, contre 46,7% à M. Hofer, 45 ans, vice-président du parlement et cadre du Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite).